Une fête pour l’armée, un procès pour les infirmiers…

mercredi 26 janvier 2011 par Arimi Choubadé

Journée chômée et payée en l’honneur de l’armée nationale. Près de 3 à 4 milliards de FCFA de manque à gagner pour le trésor public juste pour rendre hommage à un corps de métier qui représente à peine 1% de la population. S’ajoutent les autres centaines de millions engloutis dans l’organisation du défilé du 28 janvier 2011. Ne parlons pas des cocktails et autres orgies prévus dans le cadre de cette célébration spéciale de l’armée. A l’opposé, diète et régime sec pour les infirmiers pour qui la République n’est pas prête à débourser le moindre kopeck en prime de risque. En plus donc d’être privé de ces modiques primes, les agents de santé doivent subir une procédure judiciaire de la part du gouvernement-employeur. Tant pis si les hôpitaux publics sont désertés par leur personnel en grèves perlées depuis plusieurs semaines et si les populations sont privées de soins. A tous les patients en souffrance dans les couloirs des centres hospitaliers paralysés, le docteur-président dédie un défilé militaire qui se veut grandiose et fastidieux.

Ce n’était pas assez pour les émergents d’opposer le sud contre le nord à travers l’instrumentalisation des chefferies traditionnelles à des fins politiciennes. Pas assez de faire marcher des populations, des chefs traditionnels contre les députés hostiles à la politique gouvernementale. Pas assez de laisser l’appareil d’Etat dans les mains d’évangélistes fortement impliqués dans des actes d’escroquerie notoire au risque de frustrer plusieurs congrégations religieuses. Il fallait, en plus, opposer des catégories professionnelles à d’autres à travers les disparités de primes d’un ministère à un autre voire à l’intérieur d’un même ministère. Les infirmiers n’ont de cesse de décrier le fait que la prime de risque du médecin soit 15 fois plus élevée que la leur. Mais la fin de régime débouche sur un autre glissement hautement plus préoccupant à savoir l’opposition entre l’armée et d’autres couches et catégories socioprofessionnelles. C’est dans les rues de Cotonou que l’on a observé le déploiement de chars d’assaut en dissuasion à une manifestation organisée par des associations de défense des droits de l’homme et des centrales syndicales.

Le début de la précampagne électorale vient révéler une nouvelle stratégie, grand classique de tous régimes autocratiques à savoir la confusion entre le pouvoir politique et la force armée. Histoire pour le docteur-président de s’identifier à la puissance militaire. En direct, sur presque toutes les chaines de télévision, le chef suprême des armées simule une allégeance des généraux par le truchement d’un défilé militaire venu de nulle part, la veille d’une déclaration de candidature à la présidentielle. Avec l’espoir qu’à la fin, les Béninois retiendraient cette sulfureuse concomitance entre l’allégeance des militaires et celle de l’armée des courtisans émergents, le tout en un même week-end. En sus, ce message musclé de puissance et de force à tous les apprentis démocrates qui s’émeuvent des forcings à répétition de la Cour constitutionnelle dont les membres doivent tous leur élévation à la dignité de sages de la République au candidat-président.

La Marina sait qu’il lui faut plus que des prestidigitations inaudibles des membres de la Cour constitutionnelle pour se sortir de l’impasse sociopolitique qui se profile à l’horizon du 06 avril 2011 au cas où le processus électoral n’aboutirait pas. Malheureusement, quelques godasses neuves et une journée chômée et payée ne suffisent pas à faire d’une armée de métier, de devoir et d’engagement citoyen comme celle du Bénin, un instrument de légitimation d’un complot contre la démocratie. A plusieurs reprises, le général Mathieu Boni et ses gars ont démontré qu’ils sont loin d’être des guignols à la disposition de l’Etat-Fcbe.

Un défilé militaire n’est pas un bulletin de vote !!!

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/878-une-fete-pour-l-armee-un-proces.html

Messages

  • Intarissable et inégalable arimi,
    Tu es formidablement extraordinaire.
    Je prie tous les dieux que 2011 sonne définitivement la fin de ce régime d’imposteurs, de prédateurs et que sais-je encore.
    Triste que ce soit le fait d’intellectuels d’une certaine époque qu’on dit plus sérieuse.
    Mais à les voir à l’oeuvre on se rend bien compte qu’il s’agit d’intellectuels incultes qui n’ont rien tiré de l’histoire même récente de notre monde.

  • Sacre Arimi !
    Tu merites une decoration nationale pour tes editoriaux qui eveillent davantage la conscience citoyenne. Des observations qui cadrent toujours avec l’actualite !L’emergence a cours d’inspirations ne sait plus quoi faire pour embraser le pays. Yayi et sa clique emergente auront tout tente ; mais par quelle alchimie n’y parviennent-ils pas ? je narrive pas a comprendre. Rapts, confiscation des libertes, ecroquerie d’Etat, haine ethnique, genocide qui s’orchestre dans nos hopitaux et que sais-je encore ? Tout cela n’a pas pris, et les emergents, dans leur panique, comptent sur de tripatouillage electoral pour usurper du pouvoir. Qu’est-ce qui explique cet echec emergent a embraser le pays ? La resignation du peuple, La providence ou Les mannes de nos ancetres ? J’ai foi que leur dernier artifice s’ecroulera tout comme les premiers, car le Benin n’a pas besoin de ca. Mieux vaut la pauvrete que l’inhumanite de la guerre.

  • Bonjour,
    La Réponse se trouve ICI : Les mannes de nos ancêtres ? OUI.
    C’est mal connaître la Terre Sacrée de nos Ancêtres. Dès l’instant de la Prestation du Serment, le Faux Pas était déjà engagé. (Mauvaise Foi au cours de la FORMULATION du VERBE). C’était le 06 Avril 2006 et les ANCIENS ne sont pas DUPES. Et pourtant, il nous reste une autre VOIE DEMOCRATIQUE, pour ne plus REVIVRE tout ce CIRQUE. Tous les acteurs politiques confondus la SOUHAITENT-ils réellement ??? Le RESTE est et demeure « La PREROGATIVE du plus ardent défenseur de la Terre Sacrée de nos ANCÊTRES ». DADA GBÊHANZIN, en PERSONNE, ne vous en déplaise.
    Soyez ZEN et confiants.