Le constituant n’avait pas pensé à un certain Yayi Boni…

mercredi 16 février 2011 par Arimi Choubadé

Que quelqu’un vienne, vingt après la conférence nationale, donner un grand coup de pied dans la fourmilière en faisant voler en éclat tous les socles de la constitution. Au point de jeter une épaisse couche d’incertitude sur le sacrosaint principe de l’organisation, à bonne date, des présidentielles et législatives. Que le chef de l’Etat, en personne, promette de ne pas faire tenir les scrutins sans la Liste électorale permanente informatisée (Lépi). Rien que pour ça. Un machin venu de nulle part, érigé presqu’en religion d’Etat. Plus que la constitution ; avec l’onction des « sages » de la République. Dire que deux d’entre eux furent d’éminents collègues des rédacteurs de ce texte fondamental sensé traduire le consensus politique obtenu à la conférence nationale de février 1990, au prix de plusieurs années de lutte contre la dictature. Des acquis qui n’ont visiblement pas résisté au Changement tombé sur le Bénin dès avril 2006. Si le dessein émergent devrait s’accomplir, les Béninois pourraient ne pas élire un nouveau président et un nouveau parlement à termes échus en avril 2011.

Mais le plus gros problème ne se trouve dans la volonté du docteur-président et de ses sbires de tenter d’éviter le verdict des urnes. À défaut d’exclure une bonne partie des victimes des faux placeurs amis du régime des votes, les émergents s’acharnent à vider le processus de toute légitimé et de toute crédibilité. Ce faisant, ils parviennent, néanmoins, à révéler aux yeux du monde que les prestigieuses personnalités commises à la rédaction de la constitution n’étaient pas aussi parfaits que laissait présager leurs cv respectifs. La grosse coquille mise à jour c’est le mutisme constitutionnel sur l’éventualité d’une impasse électorale. Le constituant a certainement réfléchi dans le cadre d’un pays normal avec des dirigeants responsables. Les délais constitutionnels et légaux ont tracé les canevas de renouvellement à bonne date des institutions. Ce qui a été régulièrement fait en 1991, 1995, 1999, 2003 et 2007 pour les législatives ; 1991, 1996, 2001 et 2006 pour les présidentielles. C’était sans compter avec l’avènement du docteur-président au pouvoir. Lui qui avait donné le ton de ce qui allait se produire à travers la menace de ne pas faire organiser les élections sans un instrument dont tous les Béninois, y compris lui-même, ignorent tout. Un postulat, qui, une fois établi, va obnubiler les 7 membres de la Cour constitutionnelle, tous désignés sous la bannière de l’émergence. Aucune de leurs nombreuses décisions relatives aux élections n’a dérogé à ce principe cardinal. Fronde de la majorité parlementaire ; vaines tentatives de dialogue du clergé catholique ; révolte des 1,5 millions d’exclus des fichiers électoraux ; dénonciations répétitives des organisations de la société civile ; mises en garde des centrales syndicales. Rien n’y fit. Le régime et ses affidés ne voulaient lâcher le prétexte idéal de perturbation des scrutins de 2011 : la Lépi, le fameux fichier électoral prétendu ultramoderne, mais porteur du péril démocratique sur le célèbre modèle béninois.

Le label des élections hors délais sous le régime Yayi n’a pas commencé par les scrutins présidentiel et législatif de 2011. Un avant goût du cataclysme électoral à venir a été donné en 2008 où les députés ont dû voter, en catastrophe, une loi dérogatoire afin de repousser le scrutin à une date convenable. L’exercice ne saurait prospérer dans le cadre des législatifs et présidentiels pour délais constitutionnels très rigides. La Marina était plus que sûr de l’impasse sur les votes de 2011 lorsqu’elle a lancé un de ses courtisans, le député Denis Oba Chabi, prêcher la prolongation du mandat présidentiel. Pendant ce temps, le tandem Nago-Aholou Kèkè sapait les procédures parlementaires tandis que les sages prenaient leur temps avant de trancher les recours. En échos à tout cela, on se rend bien compte qu’alors que la campagne devrait être lancée, Yayi n’avait ni programme, ni équipe, ni directeur, ni siège de campagne.

Le pari de pêcher en eau trouble…

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Par Arimi Choubadé
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