Insulte à l’empereur…

jeudi 24 février 2011 par Arimi Choubadé

Le code de lèse-Boni s’est enrichi d’une nouvelle infraction à l’occasion de la campagne électorale : interdiction formelle de critiquer le bilan du régime du Changement sur des supports de communication. La fatwa de la Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication sur le sujet est catégorique : arrachage systématique et immédiat de toutes les affiches critiquant la gestion de Yayi. Une légitimation à postériori des actes de vandalisme de la soldatesque aux ordres commise à des opérations nocturnes de destruction des affiches du candidat de l’Union fait la nation. Le procédé donne un aperçu suffisant sur le mode opératoire du régime depuis son avènement : agir d’abord avant de courir après les mécanismes de légalisation. Parce que le prince ne supporte plus de voir étaler les tares de sa gestion sur des pancartes géantes, on n’a pas hésité à souiller encore une fois l’armée nationale en l’envoyant faire le sale boulot. Ce n’est qu’après qu’intervient l’onction institutionnelle à travers la décision de la Haac.

A propos de l’infraction elle-même ; l’évocation des scandales et des ratés du quinquennat sur la place publique. Certainement que les éminents conseillers de la Haac ne se limiteraient pas seulement aux affiches de rue. Pourquoi pas des mesures spéciales à l’endroit de tous les autres canaux de diffusion en l’occurrence les médias ? En supposant que ce qui est interdit à une catégorie de support communicationnel devrait l’être pour tous les autres. Interdire par exemple aux journaux, radios, télévisions de relayés des points négatifs de l’action du gouvernement Yayi depuis avril 2006. En d’autres termes, une campagne présidentielle sans bilan du sortant. S’étonner du fait que le chef de l’Etat ait reçu en audience des escrocs, faux placeurs d’argent, officiant depuis plusieurs années sous la couverture officielle de l’Etat béninois, serait donc une pratique déloyale. De même que serait une injure l’évocation des dépenses extrabudgétaires, des exonérations fantaisistes au profit de courtisans, des attributions de marchés gré à gré à des militants, de la mise à mal du dialogue social, du terrorisme administratif sur les opérateurs économiques jugés proches des opposants. Que resterait-il de la compétition si on devrait exclure le débat sur le bilan des 5 dernières années ? Voilà qu’il est impossible de songer à des échanges sur d’éventuelles propositions croisées puisque le docteur-président n’en a pas publiquement exposé avant la campagne comme l’ont fait presque tous ces autres concurrents. Juste l’exhibition d’une valise de prospérité restée fermée pendant tout son mandat. A moins pour la Haac de donner acte aux Béninois que tout ce qui a été fait sous Yayi pendant 5 ans est tellement abject qu’en parler en public ne peut que heurter la morale et la conscience collective.

Si ce n’est à l’occasion de la campagne électorale, quand est-ce que les émergents répondront de leurs précédentes promesses de croissance à deux chiffres, d’industrialisation tous azimuts, de révolution agricole, de lutte contre la corruption ? Surtout que le docteur-président s’est refusé de rendre public son nouveau contrat avec ses compatriotes en cas de réélection. Pendant ce temps ses prétentions démagogiques ne rencontrent aucune tentative d’étouffement. Il peut, lui, étaler des performances ronflantes par plusieurs canaux de propagande sans risquer de se faire rappeler à l’ordre. C’est le seul dont les caprices s’imposent à tous. Vraiment, le seul. Pas même la majorité parlementaire à qui la Cour constitutionnelle a définitivement mis une sourdine après plusieurs décisions. Intolérance zéro également pour les exclus du processus électoral confrontés à la répression policière à chaque fois que l’envie leur prend de revendiquer leur droit de vote.

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Par Arimi Choubadé
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