La stratégie du contre…

lundi 28 février 2011 par Arimi Choubadé

L’opposant du pouvoir ; toujours en contradiction avec tout ce qui ne vient de lui. On ne sait où il a lu que son bonheur viendrait de tout ce qui est rejeté par ses adversaires politiques. Le docteur-président veut de la réalisation à marche forcée de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi) pas parce qu’il y croit forcément mais juste parce que ses opposants réclament sa suspension. Sans même savoir ce que c’est. Tout comme il guerroie pour faire échec à la médiation tous azimuts du clergé catholique et des anciens présidents de la République parce que ses autres concurrents à la présidentielle y ont souscrit. De même cet acharnement à faire organiser les élections coûte que coûte, d’abord, pour le 27 février 2011 alors que personne ne connaissait encore à quoi ressemble la liste à utiliser pour le scrutin en dehors de son géniteur exclusif et Superviseur général de la Commission politique de supervision (Cps-Lépi), Arifari Bako. Ensuite pour le 06 mars suivant alors que 11 des challengers du président candidat avaient appelé à un report du scrutin présidentiel.

La stratégie du contre ou plutôt l’absence totale de stratégie. A l’instar de cette course de forcené vers des élections avec la Lépi exclusive de Bako. A l’arrivée, un cafouillage sans nom. Pas seulement à cause du désordre savamment orchestré par la Cps-Lépi interposée. Mais parce que, le bénéficiaire présumé du forcing peine à dérouler son propre schéma. A l’image des débuts poussifs de la campagne du docteur-président, incapable de gratifier ses compatriotes de la déclinaison du projet sur la base duquel il sollicite le rempilage. Ses propres partisans ne parviennent pas à matérialiser concrètement le siège et l’équipe de campagne. En dehors des quelques courtisans, rentiers du régime qui consentent à distraire, de temps en temps, une partie de la rapine issue des marchés gré à gré, des scandales politico-financiers et surtout de la collecte illégale d’épargne privée, en organisant quelques parades bruyantes dans les rues des grandes villes du pays. De la campagne sans débat, sans conviction et sans âme. Perturbée par les incertitudes de la préparation des scrutins. Rien de véritablement coordonné ou de pensé.

Etre contre pour le plaisir d’être contre. Logique du contre-pied systématique, à l’origine de 4 ordonnances en 4 ans : prendre à défaut la majorité des représentants élus du peuple à l’occasion des votes négatifs successivement exprimés à propos de deux accords de prêt sur la lutte contre l’érosion côtière (2008) et du financement des micro-crédits (2009), du rejet du collectif budgétaire (2008) et de celui du budget lui-même (2010). La suite est l’expression d’une étonnante désinvolture au sommet de l’Etat. Aucun des deux accords de prêt n’a connu un début d’exécution. L’affaire Cen-Sad, les extravagances de l’organisation de la fête du 1er août à Parakou ont fini de dévoiler tous les gouffres contenus dans le collectif budgétaire. Le budget 2010 quant à lui s’est totalement révélé inexécutable dans le format rejeté par la majorité parlementaire. Parce que, dans la réalité, le pouvoir n’avait pas précisément un plan d’exécution de ces différents dossiers autre que la volonté de faire quelque chose contre les autres. Les adversaires font une marche de protestation ? Contre protestation automatique des yayistes. Le candidat Houngbédji réunit plus de 50 mille partisans à son meeting d’investiture au stade de l’amitié de Cotonou ? Yayi revient sur les mêmes lieux, dans le même exercice, un mois plus tard. Toujours la stratégie de contrarier les autres à travers la tentative de remise en cause des accords du Chant d’Oiseau du beauf du docteur-président alors même que les négociateurs s’affairent à finaliser leurs conclusions. On comprend pourquoi, à la fin du mandat, la classe politique éprouve autant de peine et de difficulté à nouer le dialogue. Encore une énième spécificité du pouvoir de l’émergence.

Etre au pouvoir et être contre tout le monde…

Par Arimi Choubadé
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