Merci Lépi…

mardi 1er mars 2011 par Arimi Choubadé

Que de Lépi durant la campagne présidentielle ! Rien que le stress autour de la tenue à bonne date du scrutin a vampirisé l’essentiel du débat. Au point où les anciens présidents de la République, pourtant promis à une douillette retraite, du reste méritée, en viennent à perdre le sommeil. Travailleurs, partis politiques, élus locaux, organisations de la société civile, plus personne n’échappe à la chienlit que charrie quotidiennement cette maudite Liste électorale permanente informatisée, réalisée dans une pagaille sans nom. Pendant ce temps, l’inquisition nécessaire sur le bilan des 5 années de gestion du docteur-président a déserté le forum. Tous les pronostiqueurs qui ont pariés sur le phénomène des faux placeurs comme tête d’affiche des débats de campagne doivent rapidement déchanter. Silence épais autour des 300 mille victimes qui ont vues toutes leurs épargnes personnelles, près de 156 milliards f Cfa, volatilisées dans des imprécations de la Marina, empêtrée jusqu’à l’âme dans l’escroquerie. Pour une bonne majorité d’entre eux, il fallait choisir entre l’humiliation d’être privé de leurs droits de vote et la revendication de leurs trésors volés et engloutis dans les meetings et les marches de soutien en l’honneur du docteur-président, candidat à sa propre réélection.

Jusqu’au bout, la Lépi aura rempli son contrat tel que souhaité par les émergents. Si elle n’avait pas existé, le docteur-président n’allait pas se contenter des déclamations d’amour à une population que son gouvernement a laissé à la merci d’escrocs, manipulateurs durant tout son mandat. Il aurait été obligé de s’expliquer sur les raisons pour lesquelles ses promesses de croissance à deux chiffres se sont transformées en une imaginaire valise de prospérité dont la clé serait restée introuvable même à l’expiration du mandat. Expliquer surtout comment d’un pays paisible, encore auréolé de son label de berceau de la démocratisation en Afrique à l’avènement du régime du Changement en avril 2006, on en arrive au bout de 5 ans à une mise entre parenthèses de la constitution, des institutions et des lois de la République. Un pays livré à la fantaisie de juges constitutionnels autrefois des militants chevronnés du regroupement politique du chef de l’Etat, pour la plupart.

Les Béninois ne sauront certainement rien des raisons qui ont fait chuter la production de coton, de la manière dont les fonds de l’escorte des véhicules d’occasion soustraits des procédures budgétaires classiques ont été gérés, de la destination des exonérations exorbitantes accordées à des copains. Il suffit de faire mousser quotidiennement la tension politique autour de cette Lépi de la division, du régionalisme, de la démagogie pour que tous les autres sujets passent à la trappe. Les projets de société et les propositions alternatives n’ont pas connu plus de bonheur que le débat sur le bilan. Tant et si bien que le président-candidat n’a pas jugé utile d’en délivrer aux électeurs. Partout, il ne parle que d’amour pour le pays, de respect de la date butoir du 06 mars pour la tenue du premier tour du scrutin présidentiel. Un discours de légitimation de l’exclusion des milliers d’électeurs obligés de renoncer à leur droit de vote constitutionnellement reconnu. Evidemment, lorsque Yayi évoque le respect de la constitution, il ne pense pas à la sacralité du droit de vote en tant que prescription fondamentale de la déclaration universelle des droits de l’homme. Seul compte pour lui, le respect de cet instrument électoral érigé en socle quasi divin, et qui déclenche régulièrement l’ire de ses adversaires. La Lépi n’a pas seulement pris à des milliers de Béninois leur droit de vote, il leur a volé le débat d’une campagne présidentielle.

Il leur a pris la paix et pour tout le pays, la réputation du model démocratique…

Par Arimi Choubadé
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