Le feu… en attendant le sang…

mercredi 2 mars 2011 par Arimi Choubadé

Ce n’était pas un radotage de mégère. Les révélations de la première dame sur la frousse de sa vie lorsque le chef de l’Etat menaçait de mettre le pays à feu et à sang et de cogner les députés sont, plus que jamais d’actualité. Une fin de mandat et un processus électoral en droite ligne de la prophétie apocalyptique au domicile des Soglo, en cette veille du défilé du 1er aout 2010. Le fiel était à son pic à la Marina, dans la foulée de la célébration du cinquantenaire des indépendances. Une cinquantaine de députés avaient alors émis le vœu de voir le chef de l’Etat comparaitre devant la Haute cour de justice pour ses nombreux liens supposés ou réels avec les escrocs du faux placement d’argent. La matriarche devrait subir, à son propre domicile et pour le compte de tous ses collègues, la fureur du locataire de la Marina à travers la promesse de feu et de sang à tout le pays et le corps à corps pour les députés exclusivement. A l’époque, seuls les plus perspicaces étaient parvenus à liés cet effroyable dessein formulé à haute voix à la réalisation de la « maudite » Liste électorale permanente informatisée (Lépi).

C’est le président Mathurin Nago, président de l’Assemblée nationale, émergent convaincu devant l’éternel, inconditionnel du docteur-président qui se chargera en personne du volet « cogner les députés ». Scène surréaliste le 17 février 2011 en plein hémicycle à travers les instructions amplifiées par les hauts parleurs. Apprécier les ordres qui sortent de la bouche de l’occupant du perchoir : « frappez-le, tapez-le correctement, prenez-le en charge ». Il n’y avait pas meilleure manière de traduire en acte la volonté présidentielle de cogner sur les députés. Et le feu se met progressivement en place avec la rue qui grouille de milliers de gens exclus du processus électoral, des centrales syndicales, des organisations de la société civile, des partis politiques. Chaque étape du processus de la maudite Lépi est un moment de séisme social. Les organisateurs dans le rôle d’allumeur de feu par leur inorganisation, leur incompétence, leur mauvaise foi caractéristique. Il suffit donc d’affecter des pétitionnaires à dizaines voire des centaines de kilomètres de leurs lieux d’inscription originels ; de faire disparaitre des noms de pétitionnaires entre deux phases ; d’organiser un désordre lors de la distribution des cartes d’électeurs pour provoquer des remous et des agitations susceptibles de porter le feu à la communauté.

Le sang n’était pas très très loin. Notamment en ce jour de décembre 2010 où des responsables de centrales syndicales se sont vus vider de la bourse du travail, leur siège, manu militari. Encore plus lorsque le pouvoir a décidé de sortir les chars d’assaut de l’armée nationale, ce même jour, contre des défenseurs des droits de l’homme et des travailleurs manifestant pacifiquement. Il ne manquait qu’un soupçon de réaction à cet arsenal de provocation pour que le sang puisse couler à flot. Mais les émergents n’ont pas désarmé et misent à fond sur les ratés artistiquement orchestrés autour du processus électoral pour allumer la mèche. Le pied de nez à l’initiative conjointe des anciens présidents de la République Nicéphore Soglo et Emile Derlin Zinsou étale le toupet de trop du docteur-président et de sa mouvance. Une médiation de la dernière chance sensée sortir le pays de l’impasse dans laquelle les sages de la Cour constitutionnelle l’avaient prolongé mais soigneusement sabotée depuis la Marina. A Nago de s’agripper alors derrière un juridisme dilatoire en réclamant le recueil d’un certain nombre de signature avant la convocation de la plénière chargée de donner forme à l’accord intervenu entre les différents protagonistes du processus électoral. Or, l’essence même de la médiation est de trouver une alternative négociée à la légalité éprouvée. Parce que le sang n’a pas encore coulé.

Qu’est-ce qui va les arrêter ???

Par Arimi Choubadé
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