Le distributeur d’amour…

jeudi 3 mars 2011 par Arimi Choubadé

Yayi a de l’amour pour son pays, pour toutes les femmes, pour tous ses compatriotes… Un amour renouvelé pour la constitution, pour le développement, pour Dieu, pour tout. Ceux qui ont pu assisté à un des meetings de campagne du docteur-président ne pouvaient échapper à ces speechs présidentiels d’un genre particulier. Un hybridisme détonnant, oscillant entre prédication et concert. Dieu revient inlassablement à chaque soupir, le tout sur un ton volontairement langoureux, chantant. Des exposés succincts sur le projet de société de la Marina, il en est rarement question. À un auditoire d’analphabètes presque exclusivement, le docteur en économie de développement propose tout simplement d’aller lire le projet de société que son équipe de campagne s’est bien gardée de rendre disponible au grand public. Pour ces pauvres hères, se procurer le document (s’il existe vraiment) relève déjà du miracle, le déchiffrer parait alors magique. Par contre, de Dieu et d’amour pour le Bénin, ses compatriotes, sa constitution, sa chère constitution ? Le docteur-président en use abondamment. A chaque tic, à chaque intonation, à chaque pause. Pas de meeting émergent digne de ce nom sans d’hymne à l’amour et à Dieu.

Les Béninois ont eu l’occasion de voir venir les dons de distribution d’amour de leur chef président. Bintou Taro une des porte-paroles du candidat Houngbédji disait à un point de presse se souvenir comme si c’était hier de l’inspiration subite du chef de l’Etat lors d’un jamborée en l’honneur du fameux programme des micro-finances, courant 2009. Le clou de la manifestation fut l’annonce surprise du maitre de cérémonie de doubler le fonds alloué au dit programme sous un tonnerre d’applaudissement. Pour quelle raison ? Parce que les femmes présentes seraient toutes belles et nombreuses. Quand le chef est content ! Il s’agit bien de la République du Bénin, Etat de droit et de démocratie où les humeurs du chef peuvent faire loi. Par amour pour les femmes, le budget national a été privé de substantielles ressources tirées de l’activité d’escorte de véhicules d’occasion durant plusieurs années. Plusieurs milliards dépensés au mépris de toutes les règles budgétaires en vigueur. Le chef de l’Etat aime tellement les femmes qu’il serait prêt à sortir de l’argent du trésor public sans autorisation de l’Assemblée nationale comme prévue dans la constitution. Un parjure n’est peut-être pas trop cher payé lorsqu’il s’agit d’épatée de potentielle électrice. Même si la promesse de porter le pourcentage de leur représentativité au sein du gouvernement à 30% n’a jamais été réalisée.

De cette autre passion amoureuse du docteur-président, cette fois-ci pour la constitution. Un béguin au nom duquel le garant de la loi fondamentale est capable de faire abstraction du droit de vote de plusieurs milliers de ses compatriotes à cause d’un fichier électoral à problèmes. On voit bien que cet amour n’emporte finalement qu’une seule partie du socle constitutionnel puisqu’il y ait intégré la déclaration universelle des droits de l’homme dont le droit de vote est un des trophées garanties à tout citoyen. Or, pour Yayi il n’y a dans la constitution que la tenue de la présidentielle à au moins un mois avant la fin du mandat en cours. Des délais du dépôt de dossier de candidature à la présidentielle, de l’inscription sur une liste électorale, du délai d’installation de la Commission électorale nationale autonome (Cena), du respect du règlement intérieur de l’Assemblée nationale en ce qui concerne la désignation des membres du bureau du parlement ; le viol en série de ces différentes dispositions n’ébranle visiblement que très peu l’amour du chef de l’Etat. Amour sélectif et bondieuserie distribuée à tout vent sans qu’on ne sache réellement à quoi tout cela sert dans le fonctionnement d’un Etat de droit et de démocratie.

Dieu et amour après l’échec de l’émergence…

Par Arimi Choubadé
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