Les muscles du « tuteur » d’Abuja …

lundi 21 mars 2011 par Arimi Choubadé

« Nous sommes certes un petit pays, nous n’avons certes pas grand-chose mais nous sommes un grand peuple. Nous sommes fiers de notre histoire ; fiers de notre indépendance, Nous sommes fiers d’être le phare de la liberté pour toute l’Afrique. » Adrien Houngbédji, le 19 mars 2011. Une tirade très inspirée intervenue à moins de 24 heures de la démonstration de pectoraux de l’« ami » Goodluck Jonathan. Il fallait quelqu’un pour rappeler, au président en exercice de la Cedeao, ce que représente le Bénin pour l’Afrique toute entière. Le berceau de la démocratie, inventeur des conférences nationales en Afrique au moment où les généraux régnaient en maitres absolus sur Abuja ; le Bénin où les anciens chefs d’Etat meurent dans leur lit de mort naturelle, où on n’a jamais enregistré de « conflits » postélectoraux armés. Tout comme jamais, au grand jamais, le Bénin n’a eu besoin du sermon d’une quelconque puissance sous régionale face à ses problèmes de gouvernance interne. Reste la thèse de l’intimidation du grand gendarme sous régionale autoproclamé : un raid rapide à l’aéroport de Cotonou, le 18 mars 2011, en plein imbroglio du chaos électoral, juste pour mettre en garde les Béninois contre tout risque de conflit postélectoral à ses portes, sous le regard enjoué du président, candidat à sa propre succession, proclamé vainqueur l’instant d’après ce show d’un autre âge – un acte solitaire et délibéré du président de la Commission électorale nationale autonome (Cena) et voilà Yayi prétendu réélu dès le 1er tour de la présidentielle.

C’est là tout l’intérêt de la tirade du début de chronique. Primo, le peuple du Bénin a peut-être perdu sa constitution, ses institutions, ses lois électorales, son crédit démocratique ; mais il n’a rien perdu de sa capacité de résistance face à l’autocratie. Secundo le refus de la classe politique de précipiter des chairs à canon dans les rues n’a que faire de l’impatience de la charogne internationale. Les conflits électoraux ne sont pas au« portail » de Goodluck mais plutôt dans sa maison. Lui qui est engagé dans un processus électoral sur fond de dol politique et de violence meurtrière à l’intérieur de son grand Nigeria. Là-bas, les fous de Dieu n’ont même pas attendu le jour du scrutin avant d’opter pour le carnage aveugle. On connait très peu de processus électoral dans ce pays sans conflit avant, pendant et après le jour du vote. L’homme fort d’Abuja aurait dû commencer son numéro d’intimidation à l’aéroport international Bernardin Gantin par une minute de silence à l’endroit de ses propres militants fauchés par des explosions terroristes en marge de ses meetings de rempilage.

Très touchante, cette curieuse sollicitude venue de l’Ouest. Les rapports de bon voisinage ne semblent avoir de sens pour l’attelage Yayi-Goodluck que lorsqu’il s’agit de sauver leurs strapontins respectifs. Pendant que se mettait en place progressivement l’instrument de la déflagration annoncée à savoir la désormais tristement célèbre Liste électorale permanente informatisée (Lépi), Abuja n’a rien vu venir. Pas même les séquences agitées qui ont enfiévrées les rues de certaines villes du pays à travers des manifestations de protestation contre l’établissement d’un fichier électoral « pourri ». La très vertueuse Cedeao a laissé faire des élections sans liste électorale, sans organe de gestion fixe du processus (confusion entre la Cena et la Cps/Lépi), sans un listing des bureaux de vote, sans lois électorales. Ce qui n’empêche pas son président en exercice de s’employer à faire gober des résultats confectionnés à la hussarde. Yayi même sait qu’il ne suffit pas d’obtenir une victoire à la Pyrrhus pour faire disparaitre le spleen incompressible des victimes des faux placements. Ce n’est pas de la poche de l’ami Jonathan qu’il pourrait régler le lourd passif avec les syndicats, l’astronomique dette intérieure (400 milliards Fcfa), la disparition du haut fonctionnaire du ministère des Finances, les défaillances dans la fourniture de l’énergie électrique, etc…

Les conseillers ne sont pas les payeurs.

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/910-les-muscles-du-tuteur-d-abuja.html

Messages

  • Mon cher Arimi,
    C’est un grand honneur que de dire que YAYI a une victoire à la Pyhrus. C’était un combat truqué malhonnête......

    • Merci de continuer votre combat et que Dieu veile sur vous en cette république ou tout peut vous arriver maintenant. Dites moi allons nous lassier faire car moi je pense que Yayi ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et si nous laissons faire ce sera la porte ouverte à des dérives comme à Lomé et il y aura des centaines de Dangnivo et que sais-je encore

  • Toujours égal à toi-même Arimi. Je prie tous les jours que Dieu protège la belle plume de la méchanceté des cauris. Le Bénin n’est pas un vassal du Nigéria. Danxomè s’est affranchi du tribut d’Oyo depuis 1848, date qu’il faut que Goodluch Jonathan et Thomas Boni Yayi se doivent de se rémémorer. Yayi a induit Goodluck en erreur, comme Kérékou l’a fait pour Obasanjo à une certaine époque. et il se rendra compte que le Bénin n’est pas le Nigéria lorsque le rouleau compresseur se mettra en marche pour balayer les tricheurs.