Tu me nommes, je te nomme…

mardi 22 mars 2011 par Arimi Choubadé

« Boni Yayi élu dès le premier tour de la présidentielle de 2011 » ; de la bouche de celui que lui-même, Yayi Boni, a nommé à la Cour constitutionnelle et fait élire à sa tête 2 ans plus tôt, cela ressemble à un retour d’ascenseur. J’en vois évoquant la sacralité du verdict du juge. Soit ! Mais c’est l’Etat de droit qui a enseigné la récusation du juge par le justiciable s’il y a des motifs sérieux de suspicion voire de collusion avec l’une des parties en conflit. Or il se trouve que Robert Dossou est un militant chevronné du regroupement politique, Fcbe, dédié à Yayi. En 2007 seulement, il était candidat (malheureux) sur une de ses listes aux législatives avant de devenir quelques mois plus tard le juge constitutionnel, l’arbitre suprême du jeu politique en compagnie presque exclusivement d’autres camarades de parti. Des détails connus de tous. Sauf que les Béninois se mentaient à espérer que l’enjeu de la mission allait prévaloir sur toute autre considération jusqu’au chaos annoncé à l’issue de ces présidentielles.

On a bien vu tout le déploiement d’ingéniosité et de tact de la part des « sages » dans l’imposition d’une élection sans liste électorale, sans organe fixe pour gérer le processus électoral (le cafouillage entre la Cena et la Cps-Lépi), sans respect du délai constitutionnel avec des reports opportunistes et fantaisistes. Une absence de balise qui se révèle être un blanc seing pour les pré-estampillages de bulletins, la multiplication des bureaux de vote fictifs, les parachutages intempestifs de bulletin de vote en plein scrutin à bord d’hélicoptère présidentiel… Comment ne pas en arriver à la proclamation du K.O au premier tour, dans ce contexte ? En validant au passage les dizaines de cantines immobilisées devant le siège de la Cena durant plus de 24 heures au mépris de toutes les dispositions légales en ce qui concerne leur transport et leur réception. A croire que toute déviance, tout manquement à la loi électorale, tout abus est légitime tant qu’il concourt à faire rempiler le docteur-président dès le premier tour.

Le Bénin donne l’impression d’un pays à deux acteurs politiques. Cela se joue entre Yayi et Robert Dossou exclusivement, surtout que ce dernier ne se gêne pas pour se confondre à l’institution qu’il a le privilège de brider. Les autres ne servent que de spectateurs impassibles voire de décoratifs. Pendant que Yayi tient d’une main ferme tout le gouvernement, l’administration publique, les ambassades, les sociétés, établissements et offices d’Etat, Dossou dans le cadre de la régulation des institutions en impose à toutes à commencer par l’Assemblée nationale réduite à un machin inaudible et inoffensif. En une décision, Dossou et ses camarades sont capables de mettre entre parenthèses n’importe quelle expression des représentants du peuple. Sans oublier les fameuses mesures exceptionnelles de l’article 68 de la constitution servant d’arme absolue au docteur-président-plus-que-Dieu-réélu-dès-le-premier-tour. Autre illustration du mépris au peuple, c’est la prétendue proclamation des résultats alors qu’il était profondément endormi ; pourvu que Dossou et Yayi, les deux acteurs suprêmes du jeu politique soient en éveil.

Les autres ? Des voyeurs impuissants devant l’extraordinaire jeu d’ascenseur entre nos deux princes de la nation. À cette allure d’ici une vingtaine, une trentaine d’années encore ils seraient en place à se renvoyer les bons procédés du genre : « tu me nommes, je te nomme ». Moi président de la République, toi président de la Cour constitutionnelle. Et voilà que comme la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Togo, le Bénin autrefois modèle de démocratie irréprochable dispose de deux présidents élus. Dieu aime tellement les Africains francophones qu’il leur envoie, désormais, deux présidents pendant qu’ils se battent pour en désigner un.

Vous parlez de Changement !!!

Par Arimi Choubadé
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Messages

  • C’est vraiment malheureux que des intellectuels de ce rang en viennent à se rabaisser et à rabaisser notre pays juste pour faire réélire un président mafieux, sournois et corrompu.
    C’est une insulte au peuple et ceci montre que le peuple a été appelé à voter le 13 mars juste pour des formalités. Merci à vous Gnonlonfoun et Dossou pour avoir respecté les clauses de votre contrat avec Boni Yayi et par la même occasion insulter les autres candidats que vous avez appelé à déposer leur dossier de candidature pour une élection perdue d’avance.
    Vous ne pourrez rien contre la détermination d’un peuple à se défendre et à combattre l’imposture.
    Ne vous offusquez pas si dès ce jour l’on commence à vous manquer de respect, vous ne méritez aucune considération et aucun respect de qui que ce soit ; votre plan est voué à l’échec bande d’incapables et d’imposteurs.
    Après que le pays vous ait tout donné, vous voilà entrain de l’assassiner ; heureusement que vous êtes à la fin de vos vies et que la jeunesse non corrompue par vous est engagée dans un processus irréversible de développement , l’histoire retiendra votre nom et je m’emploierai personnellement de mon côté à cela. Les hommes passeront mais les écrits resteront.
    Quand on a passé tout un mandat à boire, à se saouler, à festoyer, à détourner les fonds de l’Etat, à prendre des commissions sur chaque mètre de route goudronnée, à piller les poches des pauvres populations, à ..., on ne peut que vouloir s’accrocher pour sauver sa peau ; la voie de la prison étant traçée d’elle même.
    Bande d’imposteurs.