Aucun avenir pour la triche…

jeudi 24 mars 2011 par Arimi Choubadé

Comment faire passer les manipulations du 13 mars 2011 malgré leurs grossièretés avérées. Equation très complexe surtout avec le flot de détails croustillants sur le gigantesque vol électoral déversé tous les jours sur les électeurs encore groggy. Passé le moment de stupeur générale, les différentes pièces du puzzle se font découvrir progressivement. A supposer que par extraordinaire, le docteur-président parvienne, néanmoins, à conserver son strapontin à l’aide de chars d’assaut, de déploiement militaire et d’intimidations diverses sur des personnalités politiques de l’opposition. Comme on l’a vu avec les charges aveugles et violentes contre des manifestants à Porto-novo, la traque des zémidjans aux abords du siège de campagne du candidat Houngbédji à Kouhounou, ou encore les menaces à peine voilées du beauf présidentielle sur les médias internationaux. Une fanfaronnade musclée alors que le pays est demeuré, jusque là, plus ou moins calme aussi bien après le show télévisé du président de la Commission électorale nationale autonome qu’après la nocturne proclamation du président de la Cour constitutionnelle. Apparemment, c’est le détenteur de la puissance publique et des forces armées qui perd patience.

Or, de la patience, ils en auront abondamment besoin, les squatteurs actuels du palais de la Marina. La résistance, les Béninois en connaissent un brin, vestige de la période révolutionnaire. Kérékou et ses camarades de lutte n’avaient pu utiliser les chars, les tanks et des troupes anti-émeute parce qu’en face, il n’y avait ni rebelles armés comme ceux qui hantent l’imaginaire du député Benoit Dègla, presque jamais de mouvements de foule non plus, de manifestations bruyantes, de scènes de rues ou d’affrontements directs. L’autocratie s’est délitée grâce à résistance silencieuse de milliers de travailleurs, physiquement assis au bureau juste pour faire passer le temps. L’époque des « huit heures au travail, et non huit heures de travail ». Le comité central du parti unique constatera plus tard la baisse de productivité dans tous les services publics, dans toutes les entreprises d’Etat, sur toute l’étendue du territoire national. Puis l’impossibilité de payer les salaires, la banqueroute, le renoncement au parti unique, la conférence nationale. Ceci sans qu’aucun coup de feu ne soit tiré, en dehors de la timide tentative de soulèvement des réseaux communistes en décembre 1989.

Les gens savaient depuis le mandat finissant que la corruption est endémique au sommet de l’Etat. Les nombreux scandales non élucidés se sont quotidiennement entassés dans la mémoire collective. Et voilà qu’on tente de les convier à accepter un pouvoir assis sur la fraude, les manipulations, l’imposture et le dol. Pendant que le traumatisme des bureaux fictifs, des bulletins pré estampillés, des distributions de billets de banque aux abords des lieux de vote, de la saga des cantines non scellées, demeure vivace dans les esprits. Surtout qu’on sait que les plus ardents défenseurs du régime ne se comptent pas parmi les plus assidus à l’ouvrage. Des privilégiés du système qui travaillent moins (ou pas du tout) mais qui siphonnent toute la richesse commune. Impossible pour Yayi et les siens de miser sur ces rentiers pour entretenir l’effort de développement. Le risque d’un Bénin économiquement anémié, rongé de l’intérieur par une résistance sournoise tentaculaire, et dont les maigres ressources encore disponibles seraient à la merci des prédateurs, des fraudeurs de tout acabit. Même la prime à la démocratie qui aurait pu faire bénéficier le pays de quelques oboles ne saurait résister à ce qu’il a été donné au monde de voir à travers les élections sans loi électorale, sans liste, avec des bureaux de vote fictifs, et des institutions arbitrales ayant perdu toute espèce de crédibilité.

Et après la triche ???

Par Arimi Choubadé
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Messages

  • Après la triche il y aura d’autre triche et d’autres fraudes et peut-être d’autres ICC . De toutes les façons ils ne connaissent que les malversations. Le beauf peut continuer à insulter tout le monde sur Rfi et Africa 24, cela ne changera rien. Toute chose à une fin. Je crois que c’est le début de la fin pour yayi, cela prendra le temps que cela prendra. Nous ne sommes pas pressés. Basta.

  • De toutes façons le vin est tiré...et ce n’est pas faute de n’avoir pas été prévenu. Tous les éléments d’un dénouement tragique étaient en place, tous les voyants étaient au rouge. La démocracie béninoise vacillait depuis les élections communales de 2008, et même bien avant ! Des faits propement scandaleux qui auraient provoqué des crises de régime dans toute démocratie honnête, se passaient chez nous sans émois particuliers...des séquestrations d’élus locaux, même de députés par procurations interposées servaient au vu et au su de tout le monde, à modifier l’issu des votes ! où sont les valeurs de sincérités, d’honneur, de probité requises par la constitution pour prétendre au suffrage du peuple...Je ne parle pas ici des innombrables scandales avérés dont on attend toujours réparation et sanction.

    Vous avez bien raison M. Choubadé, il y n’a pas d’issu à la ruse, à la tricherie ni à la fraude si ce n’est au travers du filtre d’une stratégie à courte vue. Bien au contraire, elles ne créent que frustrations, défiances et radicalisations là où la nation aurait besoin de rasseblement, motivation et confiance...Triste Bénin : réussir non sans fierté, presque vingt ans de démocratie pour en arriver là ! Et dire que certains en sont fiers, tout va bien Mme la marquise ! l’Histoire est en cour, implacable, impartiale, à l’épreuve du temps...et n’oublit rien ni n’épargne personne. Il ne dépend que de nous de savoir comment y entrer.