Tout matraquer…jusqu’aux plumes !!!

lundi 28 mars 2011 par Arimi Choubadé

Un coup, encore un autre, puis un autre ; matraques, godasses, poings. Combien sont-ils ? Un policier, deux, trois … dix… en furie, à la vue d’une carte de presse exhibée par le pauvre reporter pris dans le tourbillon de la vendetta totalitaire. Au bout de la sauvagerie, plusieurs points de suture sous le nez, un œil sérieusement abîmé, plusieurs ecchymoses sur le corps … et une moto emportée par les fous furieux. Mon confrère Séidou a beaucoup souffert ce jeudi 24 mars 2011. Quelques minutes avant, c’est un député affublé de tous les apparats (écharpes tricolores, garde du corps, entouré de ses collègues) qui se fait proprement rosser, en public s’il vous plait, menotté dans le dos et conduit au commissariat. De hauts faits d’arme ajoutés à de nombreuses brutalités sanglantes commises sur d’autres citoyens, et revendiqués sur les écrans de télévision par un officier de police. Mais rassurez-vous, le combat matraque-plume est aussi vieille que les luttes d’émancipation des peuples. A chaque fois, c’est la liberté qui l’emporte, l’expression étant éternelle contrairement à la bestialité physique abrutissante et éphémère. Une chronique comme celle-ci peut disparaitre, d’autres espaces d’épanouissement de la pensée et de la réflexion existeront toujours.

Ni le général Mathieu Boni ni le commissaire Louis-Phillip Houndégnon n’ont pu démontrer que le Bénin est sous une menace terroriste ou de risques d’invasion étrangère. Auquel cas, on les verrait renforçant les mesures aux frontières. Le terroriste ou l’ennemi identifié n’est rien d’autres que les protestataires des élections sans liste électorale. Le déploiement de force n’a pour objectif unique que de sauver le trône de Yayi, contre vents et marrés. L’armée, la police, la gendarmerie ont été mise en alerte tout simplement parce qu’il y a risque que le docteur-président ne puisse pas prêter serment pour un deuxième mandat dans la quiétude. Jusque là personne n’a pu justifier les raisons de la situation de quasi guerre dans laquelle se trouve plonger le Bénin. Aucune des manifestations réprimées n’a donné lieu à des dégâts matériels ou à des actes de vandalismes. Les policiers qui matraquent peuvent se targuer d’avoir fait plusieurs victimes et procéder à plusieurs arrestations sans qu’on exhibe un seul homme en uniforme égratigné. Il ne s’agit donc pas d’un combat mais d’un massacre. L’arsenal de guerre et de sécurité du pays est utilisé contre ceux dont les contributions citoyennes ont permis de l’acquérir.

Difficile d’apprécier l’impact du désastre communicationnel des sorties médiatiques des patrons de la police et de l’armée sur l’opinion publique nationale et internationale. Des fleurons de la défense de la patrie en posture de chefs d’une fraction en conflit ouvert. L’ennemi ici n’est rien d’autre que cette partie de la classe politique dont les militants contestent les conditions d’organisation des élections et des résultats proclamés par des instances placées sous le contrôle de militants partisans du chef de l’Etat, candidat lui aussi à sa propre succession. Seuls les tenants de cette dérive totalitaire comprennent pourquoi ils ont choisi de dédier toute leur carrière au mandat d’un président. Il se pourrait qu’au prix d’une de ces combinatoires dont le gratin politique béninois a le secret, un certain Raphael Akotègnon hérite du portefeuille de l’intérieur (même dans un gouvernement dirigé par Yayi Boni) avec sous ses ordres un certain commissaire Houndégnon. Mais cela, c’est un détail de l’histoire qui ne concerne que deux individus. Par contre, quelle que soit leur férocité, les coups de matraque ne sauraient octroyer au régime sa crédibilité, sa légitimité et sa stabilité écornées par tant de scandales durant le mandat écoulé et de ratés dans la tenue du premier tour du scrutin présidentiel.

Et après la délinquance policière ???

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/914-tout-matraquer-jusqu-aux-plumes.html

Messages