Jusqu’au bout du désastre…

jeudi 31 mars 2011 par Arimi Choubadé

Encore une fois le peuple, dans son sommeil, la nuit profonde, a été informé que le docteur-président a obtenu un bail pour un nouveau mandat de 5 ans. Une interminable tirade juridico-politique de la part du professeur Robert Dossou. Chacun en a eu pour sa gouverne sur ce qu’est devenu l’Etat de droit, le berceau de la démocratie en Afrique, le pays des alternances pacifiques. Commençons par la plus grosse des couleuvres enrobées dans la sentence du 30 mars 2011, sous le couvert de la liquidation du contentieux électoral. La Liste électorale. Encore la liste électorale. Toujours la liste électorale. Le super juge, du haut de sa chaire, n’a pu cacher son ignorance de cette affaire. La seule certification qui fonde sa décision se ramène à une prétendue audition du président de la Commission électorale nationale autonome (Cena) et de son vice-président. Au Bénin démocratique, sous la savante régulation de la haute juridiction en matière constitutionnelle, il n’existe pas de définition légale du fichier électoral ; ou plutôt que le témoignage oral de Gnonlonfoun emporte sur toute définition légale en la matière ; tant pis si la loi exige un délai d’affichage en vue d’amendements et de corrections. Au sein de l’Etat-Fcbe, la parole d’un émergent est prépondérante sur tout texte voté par la majorité des représentants du peuple.

Autre détail illustratif de la sacralisation par la Cour de la parole Fcbe à travers la guéguerre autour des bureaux fictifs dans le département du Borgou. Si les sages se sont satisfaits de la parole de Gnonlonfoun pour certifier l’existence d’un fichier électoral, il n’en n’est pas de même de la parole d’un non Fcbe fut-il coordonnateur départemental de la Cena et par ricochet bénéficiaire de la délégation de pouvoir de son président. À peine si le magistrat, Amouda Razaki n’a pas été envoyé à la potence pour s’être insurgé contre le fait qu’on ait créé des bureaux de vote sous son giron sans son avis ; de la même manière qu’on a parachuté des flots de bulletin de vote à Tchaourou, ville natale du candidat Boni Yayi toujours à son insu. Et alors ? Pour rétablir la vérité Fcbe il a suffit prendre l’avis du président de la Commission électorale départementale (Ced), un émergent pur sang. Même s’il a fallu écorner au passage la hiérarchie. En conformité avec la thèse de plus en plus admise dans la jurisprudence de la Cour de Dossou que la parole d’un Fcbe vaut loi, disons, vaut la constitution si possible.

La consécration du rempilage du docteur-président doit laisser un goût très amer pour la corporation des huissiers de justice. Il leur a très clairement expliqué et confirmé que leurs exploits ne sont rien d’autres que des feuilles de choux justes bon à meubler les recours dont on connait à l’avance la trajectoire. Des professionnels du constat, consacrés depuis des siècles dans toutes les démocraties du monde ne valent presque rien devant des prétendus observateurs de la Cour constitutionnelle, recrutés au pied levé avec des suspicions de partialité politicienne en référence au caractère unicolore de l’institution qui les utilise. Après ce mépris retentissant pour les huissiers de justice on se demande si des candidats aux différentes élections peuvent se permettre de distraire des ressources afin de recourir à leur service. Au-delà du manque à gagner en numéraires, c’est toute la crédibilité de ce métier qui en prend un grand coup.

Comment passer sous silence le pathétique attachement à l’internationalisme de la Cour lorsqu’elle évoque un traité de la Cedeao à propos de l’impossibilité de toute modification du code électoral à moins de 6 mois d’un scrutin. Ce qui n’a pas empêché la Cour de modifier la disposition constitutionnelle qui prévoit la présidentielle à un mois au plus tard avant la fin de mandat. Le scrutin a finalement eu lieu à trois semaines de la fin de ce mandat. Ne parlons pas des prescriptions, délais légaux et constitutionnels unilatéralement modifiés par la Cour constitutionnelle ou la Cena à quelques semaines de la tenue du scrutin.

C’est cela le Bénin du deuxième mandat émergent…

Par Arimi Choubadé
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Messages

  • Heureusement qu’il y en a encore quelques-uns comme vous pour rester lucide. J’ai le sentiment que la majorité des béninois ne se rend toujours pas compte de ce qui s’est mis en branle dans notre pays depuis ce funeste jour du 6 avril 2006.

    Qu’ils sachent tous qu’aucune paix durable ne s’édifie sur l’injustice, l’escroquerie, la tricherie ou le mensonge.

    A bon entendeur salut.

    Courage à toi Arimi dans la grâce et la protection du Seigneur.

  • Bonjour cher ARIMI,
    Dans cette longue lutte contre la nuit noire que tente d’imposer aux béninois des politiques incultes ou qui ont nié leur dignité ou plutôt révélé leur vrai visage, la persévérance sera le maître mot.
    Depuis 2008, une bonne frange de la classe politique tire la sonnette d’alarme mais certains par ignorance ou mauvaise foi refusent de reconnaître ce qui se joue sous nos yeux.
    Il faut y croire pour continuer comme tu fais. Sache que tu n’es pas seul. Galilé avait raison contre tous ; il a subi le châtiment mais la vérité a fini par triompher.
    Ce sera le cas et le châtiment sera davantage plus dur.