Fier d’être un des leurs !!!

mercredi 13 avril 2011 par Arimi Choubadé

Il fallait une réplique à la barbarie du 24 mars 2011 ; jour où les hommes du commissaire Houndégnon ont décidé de faire broyer du noir à un citoyen pris au piège de la brutalité gratuite et aveugle. Un citoyen qui croyait pouvoir échapper à la vindicte policière en exhibant sa carte de presse estampillée Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication et Ministère de la Communication ; acte déclencheur de l’ire de ses bourreaux. Son portrait, après passage à tabac, résume, à lui tout seul, l’état de la liberté d’expression, tout court, au Bénin, au moment où le docteur-président s’apprêtait à jouir du nouveau bail à lui offert par ses anciens camarades Fcbe de la Cour constitutionnelle. De quoi justifier le déversement de plusieurs professionnels des médias sur les macadams de la ville de Cotonou le 12 avril 2011. Tous étaient là : les plus anciens (de l’Ortb surtout) qui nous faisaient rêver pendant que nous étions encore au collège, les plus jeunes, des patrons de presse, des auditeurs de radio et télévision, des lecteurs de journaux, des syndicalistes, des défenseurs des droits de l’homme. La procession a pu communier sa détermination et sa révolte tout le long de son parcours aussi bien au siège de la Haac qu’au ministère de la Communication et au ministère de l’Intérieur. Le message est sans fioritures : aucun citoyen ne mérite que des policiers lui refassent le portrait comme ils l’ont fait à Séidou. Plus jamais ça ??? Question aux gros bras du régime.

Le pauvre président de l’Upmb, Brice Houssou et ses autres compagnons sont bien placés pour savoir que la préparation de cette marche, pratiquement la première de ce nouveau mandat qui s’annonce, ne fut pas un long fleuve tranquille. Le piège administratif causé par le fameux arrêté ministériel postélectoral d’interdiction des manifestations, le fameux « délit de regroupement » en prévision du K.O. prévisionnel. C’était presque un chemin de la croix pour convaincre les agents municipaux que le texte ministériel ne rentrait pas dans le cadre de la marche des professionnels des médias. Même le préfet de l’Atlantique-Littoral a été mis à contribution pour éviter une nouvelle confrontation avec les responsables d’association de journalistes. Et la marche fut. Slogans, chants, danses, discours, dans les rues de Cotonou, plusieurs heures durant. Des moments exceptionnels, festifs, de communion entre générations, mais de gravité et de solennité. Plus jamais ça ???

Trop parfaite, cette mobilisation s’il n’y avait pas le coté jardin. De ces éminents confrères qui, tout en soutenant secrètement l’expression du ras-le-bol, ne souhaitaient pas s’afficher. Aussi extraordinaire que cela puisse paraitre, services de barbouzes et conseillers occultes de la Marina constituent, à l’ère du Changement, les principaux contributeurs de la presse béninoise. Le marché publicitaire étant panne, il ne reste que les corrompus du régime, les renseignements, les courtisans et les réseaux de bondieuserie politique qui soient capables de tenir sous rente quelques patrons d’organe de presse. Ils n’ont donc pas hésité à lâcher nos « confrères amis » dans la croisade anti-marche. Quelques menaces de suspension de contrat, des promesses pour d’autres et des rumeurs afin de saper la morale de la troupe. J’ai suivi avec un grand amusement une « grosse » lancée sur ma personne. En effet, j’aurais pris, en douce, ma part auprès du commissaire central de Cotonou contre l’engagement de saboter tous les mouvements de contestation à propos de l’affaire. En clair, Séidou aurait été vendu par son propre employeur et patron. Ne parlons pas de tous les autres qui ont intimé l’ordre à leurs employés journalistes de ne pas se présenter sur les lieux des manifestations. Malgré tout cela, il y a eu ce 12 avril 2011 et cette marche-là.

De tous (des marcheurs comme des autres) je suis fier…

Par Arimi Choubadé
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