Silence, on tue le modèle !!!

vendredi 15 avril 2011 par Arimi Choubadé

La Guinée puis le Niger, les deux exemples du répertoire du ministre français de la Coopération, Henri de Raincourt interrogé sur Radio France internationale le mercredi 13 avril 2011 au sujet des démocraties en marche en Afrique. A peine s’il se souvenait avoir assisté à l’investiture de Yayi Boni à Porto-Novo, 7 jours plus tôt. Impasse sur le modèle consacré il y a deux décennies en échos au discours de La Baule de Mitterrand. De passage à Cotonou, il a certainement pris connaissance de comment on organise une présidentielle sans liste électorale, sans un organe fixe de gestion du processus, avec une liste des bureaux de vote en constante fluctuation d’heure en heure, le jour du vote. Une élection sans taux de participation, où les votants dépassent les inscrits. Où les dispositions constitutionnelles et légales en matière électorale n’existent que pour conforter les intérêts de l’Etat-Fcbe. Un contentieux électoral géré de main de maître par un juge précédemment partisan du candidat déclaré élu. Des contestations réprimées dans le sang ; une Opa manifeste sur les médias publics ; le dialogue politique au degré 0 ; le tout sur fond de crise économique et sociale sans précédent. On comprend que de Raincourt ait choisi de ne pas en parler ; ce berceau des conférences nationales en Afrique s’est considérablement enlaidi sous les coups de boutoir du prince régent.

Le cocktail électoral béninois est si indigeste que plus personne ne le désire à sa table. A l’instar de cette deuxième investiture de Yayi aux allures d’une cérémonie funeste : une maigre représentation des chefs d’Etat de la sous-région, des gradins du stade Charles de Gaule dégarnis, boycott de la grande majorité de la classe politique, des organisations de la société civile, des syndicats, sous bonne garde des chars d’assaut, des ballets d’hélicoptère et de soldats lourdement armés. Porto-Novo n’avait rien à envier à Abidjan de Laurent Gbagbo quelques heures avant l’assaut des forces rebelles pro-Ouattarra. L’événement a disparu du menu de la presse internationale. L’annonce du K.O au premier tour de Yayi a eu paradoxalement beaucoup moins d’échos à l’international que l’affaire Icc-Services qui a ruiné de nombreux Béninois, victimes de faux placeurs soutenus par des barons du régime au pouvoir. L’attention était plus focalisée sur l’investiture de Mahamadou Issifou du Niger que sur le rempilage du docteur-président béninois. Bien que secoué par deux coups d’Etat en l’espace d’une décennie, le modèle Nigérien semble plus reluisant que la vingtaine d’année de renouveau démocratique de son illustre voisin. Le régime du Changement est passé par là.

A l’interne, ce sont les auteurs du K.O eux-mêmes qui ne souhaitent pas qu’on n’en parle. Le père Alphonse Quenum qui s’est essayé à une réflexion au vitriol sur le coup de force électoral du 13 mars 2011 croit dur comme fer avoir été victime de censure dans le journal du service public. Rfi de son côté a payé au prix fort les coups de gueule de certains de ses journalistes, en l’occurrence ceux de Assan Diop sur l’émission Afrique Presse, à propos du K.O du premier tour – quelques heures de suspension d’antennes, sans justification. On ne peut passer sous silence les conjectures de la Haac visant à faire passer les appels à la résistance comme des délits de presse passibles de graves sanctions pour ces auteurs. Ceci alors que l’article 66 de la constitution intime l’ordre à tout citoyen de s’opposer à toute autorité illégitime. Or, c’est de légitimité de la victoire de Yayi Boni qu’il est justement question. Le refus d’en débattre ne fait que repousser le problème et ses conséquences à plus tard. En réalité, personne ne souhaite assumer la paternité de la mise à mort de l’espoir de tout un continent ; ni les auteurs, ni les commanditaires encore moins les bénéficiaires.

Mais le modèle n’a certainement pas dit son dernier mot…

Par Arimi Choubadé
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