C’était trop parfait pour un françafricain…

lundi 18 avril 2011 par Arimi Choubadé

Du marxisme-léninisme à la démocratie pluraliste sans coup de feu ; alternance constitutionnelle et régulière depuis une vingtaine d’années ; absence de violence politique ; les anciens chefs d’Etat qui meurent dans leur lit et de mort naturelle ; la presse très diversifiée et dynamique ; un rayonnement international de plus en plus osé… Ce profil que trainait le Bénin à partir de sa conférence nationale de février 1990 était très atypique dans l’espace des francophones d’Afrique. Successions dynastiques, processus électoraux tripatouillés, rebellions armées, coups d’Etat rectificatifs, bâillonnement de la presse, corruption généralisée, voilà les traits caractéristiques dans cet espace-là. Les adeptes d’une remise à niveau par le bas de tous les sujets n’ont plus de souci à se faire. Ils ne pouvaient trouver meilleur allié que la détermination des émergents à saccager ce qui faisait office jusque là d’identité remarquable du berceau de la démocratisation en Afrique. Un mandat de 5 ans et le label s’en va. La Cour constitutionnelle de la République du Bénin en rajoute une couche en mettant le parlement hors circuit pour plusieurs semaines à partir du 23 avril 2011. Ceci après avoir organisé une présidentielle hors délais constitutionnel, sans liste électorale, sans qu’on ne sache qui a organisé le scrutin entre la Cena ou de la Cps-Lépi.

L’intérêt de la chronique n’est pas d’« ivoiriser » la tragédie électorale au Bénin en surfant sur le spectre un prétendu complot de la Françafrique. Bien qu’on puisse logiquement s’étonner de la frilosité de quelques diplomates en poste à Cotonou. C’est évident qu’il est inenvisageable qu’un locataire de la Marina, qu’il soit Yayi ou Houngbédji ou Bio Tchané, s’oppose aux intérêts vitaux de Paris. La croyance selon laquelle la géostratégie hexagonale n’accorde que très peu d’importance au Bénin ne tient plus à l’analyse avec la découverte de nouveaux gisements d’uranium au Niger. Le voisin du sud, son réseau ferroviaire et son port, deviennent l’exutoire naturel du précieux métal. Les pseudos bisbrouilles élyséennes autour de la présidentielle béninoise de 2011, avec en toile de fond, l’imposition d’un fichier électoral dit moderne, paraissent donc totalement gratuites et désuètes. Peut-être que quelques fonctionnaires d’institutions internationales en place à Cotonou en ont profité pour faire livrer aux réalisateurs du fameux fichier électoral des kits d’enregistrements biométriques vétustes, des ordinateurs usagers, bref, des marchés de fournitures sur lesquels il y a certainement à redire.

Néanmoins, il convient de souligner que sans le soutien de ces « amis » du Bénin, le parlement n’aurait jamais connu un dangereux passage à vide institutionnel, des milliers de citoyens n’auraient pas été privés du droit de vote, la constitution n’aurait pas été aussi malmenée par des mages émergés. Et si le débat public prenait le raccourci des machettes, des pogroms, des rixes et des dérives graves, les Béninois devraient logiquement l’attribuer à tous ces « partenaires » qui juraient de faire supprimer les méthodes archaïques, mais pacifiques et consensuelles, d’enrôlement des électeurs. Cet archaïsme a toujours permis au modèle, malgré les épreuves du temps, de garantir une légitimité à tous les présidents de la République en exercice depuis 1991 et d’épargner à la loi fondamentale des atteintes aussi caractéristiques que le spectacle offert par la Cour de Robert Dossou. Si la manœuvre consistait à rétablir la République de Bamboula au quartier latin de l’Afrique, comme partout dans le pré-carré, on peut déjà faire sauter le champagne. Une République où blindés et engins de guerre sont dressés contre des manifestations de rue ; la loi ne signifie plus grand-chose ; la télévision nationale est exclusivement consacrée à la célébration de la gloire du chef de l’Etat ; les caisses de l’Etat sont confondues à celles du parti au pouvoir...

Ce Bénin émergent-là, la Françafrique adore !!!

Par Arimi Choubadé
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Messages

  • "Ce Bénin émergent-là, la Françafrique adore !!!" : j’aime bien cette partie de ton éditorial. et la francafrique ne peut que l’adorer. elle a déjà prit notre port par le biais de BOLLORE pour mieux contrôler l’uranium venu du NIGER et autres. nous avons des dirigeants assoiffés et des opposants qui fuient leur responsabilité. bientôt, nous n’aurons plus un régime démocratique mais un régime dictatorial ou on achètera tous les opposants avec de l’argent.

  • "Le Bénin n’a pas de pétrole ;il ne connaîtra donc pas de guerre",se plaît-on à dire au Bénin pour se voir protégé des violences que connaissent d’autres pays de la sous-région.Mais le Bénin a beaucoup d’interet pour la France,plus qu’on le croit.Il sert de couloir pour acheminer l’uranium du Niger et beaucoup d’autres richesses vers la France à travers son Port.Et le premier pas a été franchi avec la concession du Port de Cotonou à Bolloré,l’un des plus puissants bras financiers de Sarkozy dans le monde.Le pouvoir Emergent dans leurs courbettes trompeuses sous le seau d’un sérieux divin sait comment vendre le Bénin pour tripatouiller les élections pour se maintenir au pouvoir.Et tous les acteurs étaient présents,embarqués dans leur intension diabolique:BAKO,GNONLONFOUN,DOSSOU avec à leur tête le "Chef de l’Etat"(pour reprendre le titre qu’il affectionne le plus).Avec des partenaires techniques et financiers qui,seuls connaissent leur vraie intension,la mission a éte accomplie:faire du Bénin le même pays que le Congo-Brazza,le Tchad,le Togo,le Gabon,le Niger...Et comme il n’y a plus un modèle à donner en exemple,les dictateurs africains peuvent se targuer d’avoir formé un homologue:Yayi pour qui j’ai voté en 2006,ce qui est un crime contre la conscience.
    Courage, M. Arimi.Vous êtes un conscientiseur.