Même le K.O. est prescriptible !!!

mardi 26 avril 2011 par Arimi Choubadé

5 ans de sursis ? Le gain du K.O. offert au docteur-président évalué, en tout et pour tout, à un mandat présidentiel supplémentaire. Sous réserve, bien entendu, que les mages de la Cour constitutionnelle ne trouvent une énième formule-miracle capable de prolonger la saga du docteur-président au-delà des deux mandats initiaux. Après le désastreux arbitrage du processus de la présidentielle de 2011, les contours réels de ce qu’est devenu la loi fondamentale étant tellement confus. En effet, si organiser les élections hors délais, sans liste électorale, sans un organe fixe de gestion, sans lois électorales est constitutionnel selon la Cour de Robert Dossou, faire plus que deux mandats présidentiels devraient l’être également. Les juristes émergents parleraient de parallélisme des formes. Il ne s’agit pas d’une interprétation délibérément pessimiste mais d’une logique implacable en vigueur depuis avril 2006. Un mandat supplémentaire à la Marina n’efface pas l’ardoise de plus d’une centaine de milliards volés aux ménages et dilapidés dans l’effort de propagande du régime. À l’horizon 2016, il se trouverait encore, au sein de l’hémicycle, quelques députés parmi la cinquantaine qui, en 2010, avait signé le renvoi du docteur-président devant la Haute cour de justice.

5 années ne suffisent pas, non plus, à prescrire définitivement les surfacturations manifestes dénoncées par les centrales syndicales après l’organisation du sommet de la Cen-Sad. Juste un « petit » sursis. Les infractions consignées par le député Janvier Yahouédéhou au sujet de l’achat de machines agricoles ; les bisbilles autour de l’avion présidentiel, la construction des modules de classe par l’armée, la bombe Kolmas, les dépenses extrabudgétaires… ne se prescrivent pas au bout d’un mandat présidentiel. Les festivités et autres réunions de prières de célébration du hold-up du 13 mars ne suffisent pas non plus à exorciser toutes les hérésies passées et à venir. Il va falloir penser un jour à l’après-yayisme, de toutes les façons. Car, un pari sur l’anéantissement total des acquis de la conférence nationale de février 1990, en l’occurrence l’alternance au pouvoir est un rêve de fous. Le Bénin doit à ces délégués la consécration du principe que toute posture et imposture devraient connaitre une fin grâce au jeu d’alternance. Le plus important pour le docteur-président c’est moins comment jouir du K.O. que comment préparer la vie après le pouvoir.

Ce serait illusion que de croire au dauphin providentiel protégeant les arrières de son mentor à travers la perspective de faire bénéficier tout l’arsenal de fraude et de tripatouillage des élections à un courtisan. Laurent Gbagbo aussi pensait pouvoir compter sur des courtisans inconditionnels jusqu’à ce que tous (compagnons, collaborateurs, supporteurs, miliciens, généraux voire parents) se succèdent devant son tombeur à l’hôtel du Golfe d’Abidjan. Plus près de nous, Kérékou est celui qui a prouvé sa grande connaissance du piège du dauphin zélé et hypocrite. Les Béninois ont la réputation de détester les chasseurs de sorciers. Or un étranger au système est un adepte de chasse aux sorciers en puissance. Une réputation à effacer à tout prix en accordant un traitement digne au prédécesseur. Ce qui n’est pas le cas du dauphin qui se charge d’abord d’assoir sa propre légitimité en se débarrassant de tout ce qui pourrait l’identifier à la gestion passée. Aucun ancien courtisan de Yayi ne voudrait endosser la responsabilité du scandale des faux placements et de tous les autres scandales d’ailleurs. Sa nouvelle légitimité passe par une démarcation nette avec les méthodes et le passif de l’ancien maître. Sous le yayisme, les prétendus inconditionnels ne sont rien d’autres que des victimes d’humiliation, d’entourloupe, de reniement et de déception. Ils sont sensés n’avoir rien oublié de ce qu’ils ont vécu. Un « dauphinat » aux allures de revanche.

Le plus dur est à venir…

Par Arimi Choubadé
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