Président mais non justiciable…

mercredi 27 avril 2011 par Arimi Choubadé

L’envie de cogner des députés, toujours là, intacte ; même après les tourments du scrutin présidentiel. Il n’y a pas l’aversion du régime du Changement pour les élus du peuple que la campagne pour les législatives 2011. Pas exclusivement pour les non cauris mais également pour les cauris « impurs » contre qui le docteur-président lui-même a entrepris un travail de démolition et de sape sans précédent, sur toute l’étendue du territoire national. Les frontières du schisme émergent qui ne s’affichaient, avant la présidentielle, qu’entre un nord prétendu minoritaire menacé et un sud majoritaire hégémonique a franchi un palier supplémentaire. Désormais, il y a d’un côté, les courtisans dignes de la confiance du docteur-président et de ceux qui ne le sont pas de l’autre. Les appels à l’auto-reniement pour les derniers se font sur la place publique en présence des concernés eux-mêmes incapables de placer le moindre mot pour leur propre défense. Gare à la moindre révolte face aux attaques du chef sans risquer de se voir débarquer de son strapontin dès l’instant même.

On a vite fait de penser que la seule préoccupation de la Marina dans cette opération est de faire obtenir une cuirasse juridique à des parents, amis, coreligionnaires et autres courtisans englués dans les scandales. C’est oublier que le dessein de « cogner des députés » et celui de mettre le pays « à feu et à sang » viennent de cette lettre signée de près d’une cinquantaine de députés désireux de renvoyer le chef de l’Etat devant la Haute cour de justice. Ceci à la veille de la célébration de la fête du cinquantenaire. Le docteur-président ne peux pas avoir oublié qu’il doit d’être épargné, d’abord, parce qu’il dispose d’une minorité de protection au sein de l’hémicycle, ensuite, il avait son joker de luxe, le président du parlement, Mathurin Nago dont le dilatoire a permis de classer ce brulant dossier. La Marina se souvient très certainement de la « traitrise » de certains anciens émergents à cette époque-là, eux qui n’ont pas hésité à apporter leur caution à la fronde.

La première leçon de cette affaire est qu’il est bon d’être proclamé président de la République par d’anciens courtisans. Mais c’est beaucoup mieux de se prémunir des déconvenues judiciaires. Un juge fou pourrait être tenté de voir de près si les audiences accordées aux faux placeurs à la présidence de la République ne constituent pas une complicité active du chef de l’Etat. Comme il pourrait être inspiré par les incessantes visites du docteur-président au siège national de l’escroquerie à Abomey-Calavi ou également par les nombreuses manifestations parrainées par la vaillante première dame. Très compliqué de plaider les fausses fiches et les avis tronqués des collaborateurs du chef. C’est bien sa personne qui a été vu en compagnie de Tégbénou et associés au palais ; qui a été vu au domicile du grand inventeur de la gigantesque collecte illégale d’épargnes privées. De la part d’un docteur en économie de développement, ancien président de la banque régionale et concepteur de l’émergence économique du Bénin ?

La croisade du docteur-président pour les élections législatives est tout sauf de l’altruisme. Avoir cautionné que la constitution soit mis en lambeau, que le pays se retrouve sans parlement durant des semaines, que tous les délais constitutionnels soient violés pour se retrouver quelques instants après en posture de justiciable de la Haute cour de justice est inconcevable. Cette seule motivation suffit à mettre en sourdine les grands défis d’après le K.O. à savoir la relance de l’économie nationale, le renforcement de l’unité du pays fortement ébranlée, la résolution de la crise sociale au profit des meetings et des bains de foule. Il faut bien savoir trier ses alliés afin de s’assurer une véritable quiétude juridico-politique.

Cela s’appelle de la veille juridico-politique !!!

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/930-president-mais-non-justiciable.html

Messages