Election sans électeurs…

lundi 2 mai 2011 par Arimi Choubadé

Enième record battu sous le régime Yayi : moins de 48% de taux de participation, à des législatives, au Bénin d’après conférence nationale. De véritables athlètes du déclin démocratique, ces émergents. Que de pas de géants ont-ils accompli depuis avril 2006 et surtout l’avènement de la Cour constitutionnelle de Robert Dossou. Toujours plus loin. On connaissait les présidentielles sans liste électorale, sans identification préalable des bureaux de vote, sans aucun égard pour les délais constitutionnels et légaux, sans débats contradictoires. Un nouvel exploit au tableau depuis le 30 avril 2011 : les législatives sans électeurs. Un président proclamé réinvesti mais contesté, une Cour constitutionnelle décriée et enfin un parlement illégitime ; certains honorables sont projetés au sein de l’hémicycle crédités des suffrages d’à peine 10 à 20% de l’électorat. Rien ne pouvait motiver les gens à aller glisser leurs bulletins dans l’urne ; surs qu’ils étaient, qu’au bout du rouleau, les bourreurs d’urnes, distributeurs de riz et d’argent aux électeurs et autres manipulateurs de résultats finiraient par prendre le dessus.

Encore une fois, il ne s’agit ni d’un hasard, ni d’un phénomène non maitrisable. Le président de la Cena très frileux lorsqu’il s’agissait de justifier le K.O. du 13 mars 2011, s’est montré particulièrement muet au cours des préparatifs des législatives. L’achèvement de la confection de la liste électorale, la répartition des bureaux de vote, le règlement des conflits avec les démembrements, la régularisation des inscrits de dernière heure soumis à des procédures dérogatoires n’étaient point des sujets qui pourraient provoquer une loquacité particulière chez lui. Rassurer et remobiliser les électeurs sur la suite du processus n’étaient pas aussi important qu’annoncer, le plus rapidement possible, à son cher docteur-président-candidat qu’il aurait gagné dès le premier tour. Une désinvolture à l’origine de la déconcertante opacité ayant entouré l’organisation des législatives. Ce 30 avril, en plein jour du scrutin, alors que des bureaux de vote fermaient déjà, des électeurs couraient à la recherche de leurs cartes d’électeur.

Il existe bien une explication à ce fort taux d’abstention sans qu’on ne fasse recours à des instituts de sondage sophistiqués. Curieux tout de même que les yayistes ne puissent pas mobiliser ne serait-ce que les 53% du K.O du 13 mars. L’euphorie de leur victoire historique devrait les pousser à porter leur champion au pinacle dans la ferveur du rempilage. Mais, l’exceptionnelle désaffiliation du scrutin législatif vient confirmer qu’il n’y avait pas que Houngbédji, Bio Tchané et quelques autres candidats malheureux qui soient viscéralement outrés de la proclamation arrogante du juge suprême. Ça devrait être très douloureux pour tous ceux qui aiment ce petit pays d’entendre Yayi désigné comme le président « élu mais rejeté par l’opposition » dans la plupart des médias internationaux. Comme si le modèle démocratique de tout le continent est entré dans une sorte de parenthèse dont le dénouement passerait forcément par une réparation du tort causé par le hold-up électoral du 13 mars 2011.

Elle est là tout de même, la réaction du peuple : le refus de se faire mener en bateau par une caste d’opportunistes. Abstention massive sous forme de désaveu cinglant à l’imposture institutionnelle autour des élections de 2011. Une sorte de solidarité envers tous les exclus du processus (près de deux millions d’électeurs potentiels en rade). La porte est désormais grandement ouverte au projet de refondation de la Marina ; une démocratie à guichet fermé où seule la Cour constitutionnelle de Robert Dossou détiendrait tous les pouvoirs, toutes les légitimités et tous les privilèges. Une cour qui doit, elle aussi, sa nomination à Yayi.

« Tu me nommes, je te nomme »…

Par Arimi Choubadé
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