La liberté de presse… au nom des barbouzes…

mercredi 4 mai 2011 par Arimi Choubadé

Dynamique, plurielle, imaginative, protégée … et « libre ». Elle est là, incontournable, très présente dans la vie sociopolitique, cette presse béninoise, pourvoyeuse de fantasmes, de désillusion, de dégout et de frayeurs parfois. Jusque là rien de bien singulier. Au contraire, puisqu’il permet à de nombreux jeunes diplômés sans emploi de faire leurs premières armes dans la vie active même si cela se fait souvent sans contrat, sans salaire et généralement sans encadrement. Les promesses politiques se suivent depuis celle, mémorable, de 20.000 emplois l’an jusqu’au programme dit d’auto emploi en passant par la relève de qualité, les patriotes, ou les émergents, et toujours pas de perspective ni d’espérance. La presse à l’instar de toutes les autres activités ne pouvait pas se pourvoir en femmes et en hommes en dehors de ce vivier nourri à l’incertitude, au spleen sans fin, au désespoir. Ainsi va le Bénin du Changement, de l’émergence économique, de la prospérité partagée, de la refondation et des K.O électoraux.

C’est vrai que le début de mai est logiquement consacré à la liberté de la presse. Opportunément, l’événement ne résiste pas au concert habituel de conjectures sur la qualité de la presse. En fait, il n’y a pas grand-chose à dire sur la liberté de presse au Bénin de Yayi Boni. Un long fleuve de dégradation continue des conditions d’exercice de la profession. Rsf s’en est d’ailleurs fait une religion, en constatant l’irréversible rétrogradation de l’ancien modèle démocratique en Afrique à partir de 2006. Jamais le régime Yayi n’a dérogé à la tradition depuis lors. Désormais, l’enjeu se résume à l’ampleur de la chute. 1er en Afrique en 2005, 11ème en 2010. Or, après 2010, d’autres faits de prince se sont accumulés pour rendre la note 2011, l’année du K.O., particulièrement plus salée ; l’année où les professionnels des médias ont dû prendre le macadam pendant qu’un des leurs se bat pour sauver son œil abîmé (pour combien de temps encore ?) par la bêtise policière. Ne parlons pas de ce rédacteur en chef contraint de prendre le maquis à la suite d’une descente policière à son domicile. Des indices pour la prochaine annotation de Rsf.

Parlons justement de l’environnement des médias au Bénin ; c’est-à-dire du milieu de travail des journalistes et autres professionnels des médias. Les cognées de policiers, les agressions des gardes du corps de personnalités publiques, les persécutions fiscales, les pressions institutionnelles (par Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication interposée), les contrats gouvernementaux ; tout cela, on connaissait. Mais il y a du nouveau dans la place. Un nouveau produit, exceptionnel : les services de renseignements généraux désormais en posture de plus grand contributeur financier de la presse au Bénin, notamment la presse écrite. Plusieurs titres auraient déjà disparu n’eut été la rente subséquemment versée par des barbouzes, pour service rendu. Ne parlons pas des titres nés grâce à la générosité de quelques officiers, de conseillers à la présidence ou de pasteurs proches du palais de la Marina. Ce n’est pas pour rien que le docteur-président, en personne, se charge, régulièrement, de régler leurs comptes à ces patrons de presse trop portés sur l’« enrichissement rapide ».

Grâce donc à cette race d’écrivaillons entretenus par les « services », tous les titres sont possibles dans les kiosques à commencer par des annonces de K.O. au lendemain d’élections, en contradiction flagrante avec les résultats bruts sortis des urnes. L’effet d’annonce en prélude à l’effet de la proclamation. Tout comme on peut faire croire que certains épargnants grugés ont déjà été dédommagés. Wikileaks prend au moins la précaution de donner les sources de ses révélations. Ce qui n’est pas le cas des habitués des conférences de rédaction de la « grande maison ». Peut-être une autre forme de la liberté de presse.

De la refondation avant l’heure…

Par Arimi Choubadé
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