Le bonheur du « nord » ?

jeudi 12 mai 2011 par Arimi Choubadé

C’est parti pour une belle saison d’analyses sur les K.O. électoraux. Yayi aurait été sauvé aussi bien à la présidentielle qu’aux législatives par le nord. Nord défini par le ministre Saka Lafia comme la minorité ethnique située dans la partie septentrionale du Bénin face à l’hégémonie des gens du « sud là-bas ». Son autre collègue avait auparavant situé la frontière du Yayiland à la lisière de Dassa-Zoumè, partant de Malanville à l’Ouest et de Porga à l’Est. Grâce donc à ce nord, le régime aurait obtenu un nouveau bail de 5 ans. Pour la cause, ces thèses s’amusent à entretenir l’amalgame entre « le vote du nord » et « les cantines du nord ». Deux notions, qui, à y voir de près, sont très loin d’avoir les mêmes consonances. en considérant que le raccourci de la conceptualisation opportuniste du « vote du nord » arrangent plus les affaires des émergents. Comme si cette partie du pays rime avec unicité de pensée et d’action. Une sorte de bétail électoral préalablement acquis à la cause du docteur-président sur fond d’un pseudo clivage régional.

Les partisans de cette thèse ne parviennent malheureusement pas à nous expliquer pourquoi ce clivage n’agirait que sur la « minorité » défendue par ministres, députés et cadres originaires du nord en mission de conscientisation pour le compte du chef de l’Etat. Personne n’évoque, en revanche, le cas des citoyens vivant dans plusieurs régions du nord et originaires d’autres parties du pays sur qui des violences et des menaces ont été exercées aux fins de rendre la zone électoralement uniforme. De la même manière qu’on ne connait toujours pas les raisons qui font que le vote du sud (s’il existe) ne parvient pas à être aussi déterminant, massif, compact et uniforme comme son homologue du nord. Les sudistes (que l’on dit majoritaire) seraient-ils consentants à cautionner l’hégémonie de leurs compatriotes nordistes ?

Toutes ces questions, du reste, sans réponses est la preuve qu’en dehors de nourrir les fantasmes, la notion de « vote du nord » peine à s’inscrire dans une démarche cartésienne assimilable par tous, surtout par les cancres de la classe. Pourquoi d’ailleurs, le nord serait mobilisé derrière Yayi seul et non pas derrière Bio Tchané, Issa Salifou ou autres Kessilé Tchalla ? Est-ce parce que le régime du Changement a fait chuter le coton d’où les paysans du nord tirent le maximum de leurs ressources ?ou à cause des éléphants blancs de l’aéroport et du port sec de Parakou ? Parce que dans la réalité l’essentiel des investissements publics se font dans Cotonou-Porto-Novo et région, donc au sud ? Ou parce que en lieu et place d’un investissement massif de seulement 22 milliards dans le cadre de l’organisation de la fête du 1er aout 2011, Natitingou n’a reçu que des détachements de policier armés de balles réelles pour disperser, dans le sang, les manifestants mécontents du faible niveau de décaissement des fonds prévus à cet effet ?

Le concept qui se rapproche le plus de la réalité c’est celui de « cantines du nord ». De ces malles contenant les résultats électoraux et transportés par l’armée. Quelques semaines avant les scrutins, cette armée a clairement pris pour cible des syndicats et d’autres acteurs de la société civile voulant manifester contre les ratés dans l’organisation. On voit mal ces manifestants considérer ceux qui les ont dispersés à bord de chars d’assaut comme des acteurs d’une entité « neutre » pour transporter les résultats de leur vote. Eux demeurent persuader que les dénonciations de personnalités proches du pouvoir impliquées dans les manipulations de bulletins pré-estampillés, les mouvements suspects d’urnes et de matériels de vote, les trafics de cartes d’électeurs et de procès verbaux, l’acheminement hors délai des cantines contenant les résultats, tout cela converge vers un et un seul phénomène :

Les cantines du nord et non le vote du nord…

Par Arimi Choubadé
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