Plus de Houngbédji et de Abt à bouffer…

vendredi 13 mai 2011 par Arimi Choubadé

Très très compliquée, la reconversion de la courtisanerie. L’enjeu désormais est de trouver d’autres excitants absolus capables de provoquer des crises d’urticaire à la Marina. Au début du Changement, il suffisait de brandir la menace Houngbédji ou celle Abt et être sûr de retenir aussitôt l’attention des gourous du palais. C’était les matières premières par excellence de tous les fabricants de rumeurs, manipulateurs d’opinion, délateurs de tout poil et courtisans de luxe. Il y avait à manger, à boire et à voler pour tous les conteurs de légendes autour de l’étendue du patrimoine personnel de Houngbédji sur le globe, sa proximité d’origine avec des barons du faux placement, sa présumée croisade dans les chancelleries occidentales afin de dénigrer le docteur-président et son régime. Tapis rouge, chèques, marchés gré à gré à tous ceux qui avaient des ragots à débiter sur des leaders de l’Union fait la nation (les miliciens que Ahouanvoébla et Fagbohoun auraient fait venir du Nigéria, les trafics d’armes de guerre de Vodonou, les fraudes fiscales de Issa Salifou ou le réseau international de traitre des vierges de Dayori). Ne parlons pas de tous les courtisans qui ont pu se tirer d’affaire rien qu’en surfant sur le péril Abdoulaye Bio Tchané ; un véritable filon dont un certain Rachidi Gbadamassi connait les délices par cœur.

Même cousu de fil blanc tout racontar sur Houngbédji ou Bio Tchané servait de motivation à tout l’échafaudage émergent en vue du rempilage à tout prix. Tous les paramétrages de la théorie du K.O. avaient pour référence ces deux pôles de contestations au régime. Difficile de prêcher le hasard si les zones ayant connu les taux les plus faibles d’enrôlement sur la Liste électorale permanente informatisée (Lépi) se trouvent être l’Ouémé-Plateau et la Donga, respectivement régions natales de Houngbédji et de Abt. Les kits défectueux, les démarrages d’opération d’enrôlement sur le fichier électoral en pleine période d’intempéries naturelles, les interdictions de manifester, la répression policière, les arrestations tous azimuts, les déploiements de chars d’assaut, c’est dans ces zones qu’on en enregistre le plus. Parallèlement, la propagande devrait organiser, dans ces bastions jugés hostiles, des meetings, des marches de soutiens, des séances d’allégeance de têtes couronnées et de sages en renfort au projet de K.O électoral en cours de conception à l’époque.

Après la survenance du K.O., il va falloir trouver aux émergents un nouveau sport de prédilection. Pour parvenir à remotiver la Marina, un autre discours que la neutralisation de Houngbédji et de Tchané est impératif. La constitution, ou plutôt ce qui tient lieu de constitution après les exploits de la Cour de Robert Dossou exclut d’office aussi bien Houngbédji que Yayi lui-même. La troupe à Tchané quant à elle sort pratiquement en lambeau des K.O électoraux qu’aucune entreprise de revanche de sa part ne point à l’horizon, du moins pour le moment. Aux gens rompus dans l’art de roder autour du pouvoir de se préparer à la période de vaches maigres. Pas évident qu’après la saignée financière consacrée à l’effort de conservation du pouvoir, le régime soit encore capable d’entretenir une cour de profiteurs. Entre les revendications sociales, les salaires, les éléphants blancs de plus en plus nombreux, les promesses irréalisables et la crise économique, il ne reste plus tellement de marge pour satisfaire les organisateurs de meetings, de marches et de séances de prière. Il existe des gens suffisamment intelligents à la Marina pour comprendre qu’un sursis (même de 5 ans) ne saurait suffire à nettoyer tous les placards du premier mandat : Cen-Sad, Icc-Services, machines agricoles, Sonapra, véhicules d’occasion.

S.O.S. pour les bonimenteurs ...

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/941-plus-de-houngbedji-et-de-abt-a.html