Rosine et les yayistes…

mercredi 18 mai 2011 par Arimi Choubadé

La vie après le pouvoir ! Grand sujet de méditation de la « vieille aveugle de 77 ans » au palais des gouverneurs de Porto-Novo, du haut du perchoir le 16 mai 2011 ; à tous les propriétaires autoproclamés de la République, détenteurs de tous les pouvoirs, perclus au dessus de la volonté du peuple. La doyenne Rosine Soglo ne pouvait pas les louper en ce jour d’installation officielle de la 6ème législature. On les voyait partout : dans la cour du palais des gouverneurs, sur son esplanade, aux alentours, au sein de l’hémicycle, dans les couloirs, déambulant dans les salles de réunion, partout. Respirant la suffisance, l’arrogance à la limite de l’indécence. Eux, les maitres du pays, à qui tout appartient, le trésor public, les postes administratifs et politiques, les prêtres vaudou, les chefs religieux, les notables, les associations de développement, les groupements de femmes, de jeunes, l’épargne des ménages, le ciel, la terre… et « naturellement » le bureau de l’Assemblée nationale en cours d’installation. Qu’est-ce qui pouvait leur résister après leurs deux K.O électoraux ?

Incommensurables, les pouvoirs dont se prévaut les légionnaires du Changement ; capables qu’ils sont d’arrêter le cours normal de la constitution et de gérer les élections présidentielles et législatives à coups d’expédients, d’humeurs et de rumeurs ; de faire voter les Béninois sans une liste électorale ; d’imposer un fichier électoral inconnu de tous y compris d’eux-mêmes ; de fondre des listes de candidature dans d’autres aux législatives alors que la Cena a déjà clôturé et statué sur les dossiers ; de priver le pays d’un parlement légitime durant près d’un mois. A tous ces gens de pouvoir, imbus de leur puissance et de leurs avoirs, la doyenne recommande tout simplement de se souvenir d’où ils sont venus. Le rappel de son expérience personnelle, des 5 années de présidence de la République de son époux et des 28 années de Kérékou valent leur pesant en vécu. Ne parlons pas de l’allégorie sur le mec monté au 13ème étage et qui devrait redescendre au bout d’un moment. Parole de la plus expérimentée de la 6ème législature, quoi qu’en pensent les insatiables du régime, engagés dans une intrépide corrida pour la bouffe et la prédation.

Voilà, le débat de l’après-Yayi qui fait son grand retour. Eventualité dont certains refusent catégoriquement d’en entendre parler. Pas question pour eux d’envisager de ne plus avoir la possibilité un jour d’aligner les marchés gré à gré, de faire disparaitre impunément des fonds d’un projet sans le réaliser, de dépenser l’argent public à des fins partisanes, de violer les textes fondamentaux de la République ou d’escroquer les paisibles populations. Comme si le seul désir de jouir démesurément du pouvoir confère automatiquement l’immunité éternelle. Très peu se rendent à l’évidence que les K.O. 2011 sont pour Yayi Boni un chant de cygne, l’apogée du règne. Que ceux qui imaginent pour lui un quelconque avenir politique nous dise à quoi cela peut ressembler. Président-Maire de Tchaourou ou de Parakou ? Député à l’Assemblée nationale ? Ou carrément un troisième mandat présidentiel grâce à la magie de la Cour constitutionnelle ? Des incertitudes qui s’inscrivent logiquement dans l’analyse de la doyenne d’âge de l’hémicycle. Une sorte d’alerte à tous ceux qui s’imaginent que le griotisme en faveur du docteur-président constitue une assurance vie pour toutes les atteintes à la bonne gouvernance. Bourrages d’urne, distributions de riz aux électeurs, marches de soutien, meetings et séances de prière ne possèdent pas la vertu de prescrire des crimes économiques et politiques. Tous parient sur Yayi et méprisent la République, l’Etat de droit et les acquis de la conférence nationale. La foi opportuniste et intéressée en un homme contre celle en un peuple et ses fondements.

Attention à l’atterrissage !!!

Par Arimi Choubadé
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