Et s’il ne fallait pas aller à la rivière ?

mardi 31 mai 2011 par Arimi Choubadé

Le buzz ne faiblit toujours pas à propos du franchissement de pas de la Renaissance du Bénin. Tiraillée entre un président d’honneur en rogne et un président exécutif quasi muet, tous les deux, intercalés par un bureau politique équilibriste, l’opinion a du mal à se faire sa propre religion. Mais le débat est d’une telle importance qu’on ne saurait le laissé à la seule discrétion d’une Union fait la nation sous traumatisme aigu depuis les 13 mars et 30 avril 2011. Ainsi donc, une autre voie que l’acceptation de la main tendue de Yayi serait envisageable. Une résistance ? Vouée, de toutes les façons, à une inévitable atonie, puisque ne disposant que très peu d’espace d’expression libre après les K.O. électoraux. La majorité parlementaire qui permettait de temps en temps de remuer les dessous scabreux d’une gestion sujette à caution a complètement basculé en faveur de la refondation. Ne parlons pas des médias majoritairement bridés par les mêmes refondateurs à l’instar de la société civile, des chefferies traditionnelles, de la plupart des personnalités religieuses, du corps diplomatique partie prenante dans l’avènement du fichier électoral chaotique, etc…

Et puis cette prétendue opinion qui juge, condamne, se plaint, crie à la forfaiture, à la trahison. Opinion, pourtant étrangement aphone lorsque Houngbédji s’est autoproclamé élu en pleine tempête électorale. Pour obtenir un revirement de Paul Yao Ndré, à Abidjan, il a fallu aux Forces républicaines de Côte d’ivoire (Frci), déloger Laurent Gbagbo de son bunker à coup d’obus, de raids d’hélicoptères alliés, de pogroms voire de massacres. Près de 3.000 mille Ivoiriens sacrifiés au nom de la défense de l’expression du suffrage universel. Houngbédji n’est pas Ouattarra, et l’Un n’était pas capable d’entretenir une armée de feu capable d’installer son champion à la Marina au bout du canon. Au plus fort de ce qu’on peut appeler un embryon de contestation, les chars d’assaut déployés à Cotonou, Porto-novo et environ n’ont eu pour répondant que quelques conducteurs de taxi-moto et des vendeuses d’akassa ignorant tout des stratégies de conquête du pouvoir par la violence.

Même le vent des printemps arabes n’a été d’aucun effet sur la partie de l’électorat béninois supposée frustrée par les manipulations autour de la Lépi. Au Bénin, facebook, twitter et autres réseaux sociaux technologiques servent plus à tisser des toiles d’escroquerie, de mondanité, de chicanerie et d’érotisme. Les jeunes béninois n’en ont certainement pas la même conception que leurs homologues tunisiens, égyptiens, syriens, yéménites, espagnols, iraniens en quête de liberté, de justice sociale et de bonne gouvernance. Même les centrales syndicales, très friandes de démonstration de muscle lors de la préparation calamiteuse des élections présidentielle et législatives se sont dégonflées dès le lendemain du premier scrutin cité. Si résistance, il devrait y avoir, il n’y avait manifestement plus grand monde à l’animer au point de modifier les rapports de forces.

Une once de satisfaction néanmoins pour les irréductibles de l’opposition. En effet, l’idée même d’ouverture est un aveu d’échec de l’émergence dont le geste de main tendue s’apparente à un appel au secours. Et c’est justement l’intégration d’« opposants » au système qui donne au mot « ouverture » tout son sens. Si le régime se suffisait à lui-même, de part son génie, et que tout fonctionnait comme convenu entre le peuple et son élu, ce n’est pas au lendemain d’une victoire dès le premier tour qu’il fallait élaguer le régime de ses propres partisans afin de faire de la place à des gens qui l’avaient combattu près de 5 années durant. On ne parlerait de gouvernement d’union que si les nouveaux appelés conservent leur identité d’opposant. Leur rôle consiste finalement au sein de l’équipe à aider le pouvoir, empêtré dans les difficultés quasi insurmontables, à sortir le pays de la léthargie. Retour au projet alternatif une fois la barque remise à flots.

Tout est une question de choix…

Par Arimi Choubadé
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