Le droit d’inventaire…

mercredi 1er juin 2011 par Arimi Choubadé

Le gouvernement d’ouverture est devenu une réalité depuis le 31 mai 2011. Même si au lieu d’une main, c’est un doigt que la Marina a tendu à ses opposants, un militant de l’Union fait la nation siège à partir de cette date au sein du gouvernement. Même si on dit de Blaise Ahanhanzo Glèlè, nouveau ministre de l’Environnement, de l’habitat et de l’urbanisme, qu’il n’était pas un fan inconditionnel du candidat unique à la présidentielle 2011, son parti d’origine, la Renaissance du Bénin n’a pas encore proclamé sa rupture définitive avec la grande alliance. Aux protagonistes en présence de se charger eux-mêmes d’écrire l’épilogue du feuilleton. Tenons-nous au discours officiel autour du processus dit de pacification du paysage politique. Il est question de tourner la page des tumultes électoraux afin de laisser la place au déroulé du programme de refondation.

L’histoire du Bénin ne s’arrête pas parce que des alliés politiques ont décidé de se régler des comptes. Ainsi, avant l’ouverture, le pays était géré par un gouvernement. Blaise Glèlè n’est peut-être pas le plus compétent et le plus expérimenté de la nouvelle équipe. Il existe d’ailleurs une règle édictée par son chef de gouvernement et qui a nom : obligation de compte rendu. On ne peut donc pas demander au ministre de l’ouverture de plancher sur des dossiers qui ne relèvent pas de la période de son passage. Surtout que les conditions dans lesquelles s’est opérée la formation du gouvernement n’ont pas permis de concevoir un programme d’ouverture en bonne et due forme assorti d’éventuels amendement à celui initialement concocté par les vainqueurs proclamés du 13 mars 2011. Sans être le juge de ses prédécesseurs, le nouveau venu est en droit de revendiquer un droit d’inventaire. Il est ministre officiellement installé à partir du 31 mai 2011 ; tout ce qui est fait avant ne lui est pas imputable. Revendiquer cela n’est en rien comparable à une entorse à une autre règle, celle de la solidarité gouvernementale.

Tourner la page de l’affrontement frontal ne signifie pas non plus un reniement du passé. Dans une autre vie pas très lointaine, Blaise était du côté des pourfendeurs du régime Yayi. En toute bonne foi, il critiquait les conditions d’exécution des travaux de construction en marge de l’organisation du sommet de la Cen-Sad à Cotonou. Le voilà qui hérite justement du département ministériel en charge de ce dossier sulfureux. Sa parade est, bien entendue, toute faite puisqu’il n’était pas là au moment des faits. Il ne pourrait par contre pas se dérober si au moment de rendre le tablier, on découvre que son passage à ce ministère aurait généré plus de désastre que le premier scandale. En effet, la claque pour les Béninois serait éminemment plus retentissante si l’ouverture générait plus de déconvenues qu’auparavant. Même si elle ne parvenait pas à faire descendre la lune sur terre, elle a néanmoins le devoir de proposer un mieux vivre aux citoyens en mal de repère, de perspective, de valeur et d’espérance.

Le débat n’est pas d’avoir foi ou pas à la trouvaille de l’après élections. Ces inventeurs ont le devoir de se donner toutes les chances de réussite. Pour correspondre au vœu d’intérêt national et de paix sociale, l’ouverture aux courants de l’opposition aurait dû se faire avec moins de remous. Régler une situation de friction par une autre ne saurait être le chemin de la perfection d’un sursaut général autour de réformes annoncées et sensées améliorer le quotidien des populations. Un probable retour à la case départ peut tourner très vite à un concert de déballage et de chienlit comme savent le faire les acteurs politiques.

Personne ne voudra payer pour un autre…

Par Arimi Choubadé
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