L’UN qui rogne, l’UN qui concilie…

mardi 14 juin 2011 par Arimi Choubadé

Fikara, la rogne, Kangni, le conciliateur. Les deux visages de l’Union fait la nation se révèlent en plein dimanche de pentecôte, sur deux émissions télé concurrentes, diffusées pratiquement à la même heure. Fikara sur Golfe Tv, Kangni sur Canal 3. Même si les prestataires du jour n’étaient pas nettement antagonistes, on ne dirait pas non plus qu’ils étaient en parfaite symbiose. Au menu : la politique de la main tendue et le positionnement de la Renaissance du Bénin (Rb) en l’occurrence son président, Léhady Soglo. En gros, Fikara se fige en brocardant l’attitude des partenaires renaissants tandis que Kangni temporise en surfant sur le droit à la différence et aux débats d’idée mais dans un cadre interne aux accords du 1er septembre 2009. Je ne pousserai pas la caricature jusqu’à soupçonner un pro Léhady d’un côté et un anti de l’autre. Surtout que les noms d’oiseau ont été évités et que les interventions sont demeurées dans une limite acceptable. Il est néanmoins clairement apparu que la belle entente fait désormais partie du passé chez les unionistes.

Kangni s’en sort avec la palme de celui qui a le moins surfer sur les polémiques. Ce qui n’est pas le cas de l’ancien questeur dont le passage aura le plus provoqué des étincelles. Ses positions tranchées, quelques fois accusatrices et volontairement provocantes ne manquent pas d’intérêt. Son exigence d’une explication sur l’entrée au gouvernement de la Rb est certainement légitime. Ce qui se comprend moins, c’est sa posture de porte-parole des militants houézèhouès prétendument en froid avec les nouvelles orientations de leur président. Son bureau politique a bien spécifié avoir répondu à une politique de main tendue du pouvoir et non à une adhésion à la famille cauris. Plusieurs voix ont déjà montré que l’« ouverture » signifierait l’entrée des ou d’un « opposant » dans le gouvernement. L’opposant au sein du gouvernement d’après K.O a donc un nom : Blaise Ahanhanzo Glèlè. Le label d’ouverture disparait dès que l’opposant interne adhère définitivement et formellement à la mouvance Yayi ou dès qu’il quitte carrément son poste ministériel. Mais ça c’est une autre histoire.

Léhady est peut-être de bonne foi comme lui Fikara l’a été lors de la formation du bureau de l’Assemblée nationale en 2007. L’ancien questeur ne dirait pas avoir oublié le rôle qu’il a personnellement joué dans l’avènement du monstre politico-institutionnel fondateur des K.O. électoraux et de la Cour constitutionnelle monocolore. Fikara était surement de bonne foi lorsqu’il avait aidé le docteur-président a contrôlé le bureau du parlement contre l’avis de ses alliés d’aujourd’hui. Yayi croyait avoir trouvé son digne représentant dans la vallée de l’Ouémé et se plaisait à l’exhiber à chacune de ses sorties dans la localité jusqu’à ce que survienne le clash qui va les brouiller pour de bon. A l’époque, Fikara pensait contribuer au développement du pays aux côtés d’un compatriote à qui les citoyens ont confié leur destin. Tout comme Léhady a cru en la possibilité d’une trêve politique après le désastre des élections sans liste électorale, sans électeurs, sans un organe fixe de gestion des processus électoraux, etc…

Le fait de s’être acoquiner avec Yayi et de l’aider à réussir la caporalisation des institutions n’a pas fait de Fikara un pestiféré à vie. Léhady non plus ne pourrait pas échapper à une évaluation de ses élans de conciliateur vis-à-vis du régime. En ce moment là, seulement on saurait si l’opération a été profitable à lui-même, à sa famille politique, la Rb ou à l’Un. Soi dit en passant ; les conflits avec une partie de la base Rb, Léhady en a connu d’autres. Justement au moment où il se proposait de s’éclipser de la course présidentielle de 2011 au profit du candidat unique de l’Un.

S’allier à Yayi, ou ne pas s’allier à Yayi, là est la question…

Par Arimi Choubadé
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Messages

  • La vrai réponse à la question sur la nécessité de s’allier ou non à Yayi sera connue lors des municipales de 2013 et du remaniement ministériel qui suivra. Le Président Léhady a aujourd’hui fait un choix qui peut se révéler fructueux ou désastreux demain. En effet, les électeurs tchoco-tchoco d’akpakpa n’oublieront pas en 2013 que leur leader a été tout seul à revendiquer sa victoire aux dernières présidentielles de 2011. De même, rien ne nous dit que Yayi Boni a abandonné son rêve de contrôler la mairie de Cotonou à travers un de ses fidèles. C’est d’ailleurs l’un des rares challenges politiques qu’il n’a pu encore remporter jusqu’à présent. Et si, comme tout le monde le pense tout bas, il lui arrivait l’envie de prolonger son pouvoir au delà de 2016, ce challenge deviendrait pour lui capital et Lehady serait alors en grand danger. En effet, pris entre le marteau yayiste et l’enclume revancharde des tchoco-tchoco, l’on voit mal comment il pourrait sauvegarder la mairie seul gage de survie de la RB.