Elle est politisée, et alors ???

lundi 20 juin 2011 par Arimi Choubadé

Découverte du siècle : l’administration béninoise serait, outrancièrement, politisée. Il a fallu l’orée de la refondation pour s’en apercevoir, tout d’un coup, subitement. Une lucidité qui se révèle pratiquement à chaque grève d’envergure, dès que des ministères sont paralysés, des bureaux fermés, des usagers abandonnés à eux-mêmes. Aucune émotion particulière, par contre, face aux manipulations autour des concours d’entrée à la fonction publique ; encore moins lorsque des gens qui n’ont même pas mis pied dans les centres de déroulement des épreuves des dits concours se retrouvent miraculeusement sur les listes des admis ; lorsqu’un dirigeant parvient à faire aligner plusieurs membres de sa famille parmi les heureux élus par des procédures dérobées ; lorsque des fonctionnaires créent et dirigent eux-mêmes des écuries politiques. Pas davantage de gloses à la création de primes, de salaires, de missions et de postes dit juteux réservés à des courtisans. Tout le monde feint de ne rien voir, de ne rien savoir et de rien entendre jusqu’au dépôt des motions de grève. A peine si les coups des coups de gueule des responsables syndicaux sont pris au sérieux tant que ne surviennent les débrayages et la cessation effective de travail.

En clair, s’il n’y avait plus de grève, les fonctionnaires béninois seraient devenus de doux agneaux, patriotes, intègres et engagés à la réussite totale et sans bavure de la Refondation rêvée par le docteur-président et alliés ; contrairement à ce qui s’est passé avec le Changement et l’Emergence. Les grévistes seraient donc des pestiférés responsables de la misère qui frappe de grands coups dans le quotidien de centaines de milliers de citoyen. Des preneurs d’otage sans vergogne, représentant à peine 1% de la population mais réclamant presque 45% des ressources communautaires. Par un autre raccourci, on pourrait attribuer aux grévistes, le délabrement des hôpitaux, les pots de vins institués dans les services publics, la déliquescence du système éducatif, les rançonnements sur les axes routiers, bref, tout le mal de la République est imputable à ces impertinents fonctionnaires en rogne tout le temps.

Cette fatwa à l’encontre des grogneurs fonctionne tel un coup d’éponge sur tous les autres aspects de la prétendue politisation de la fonction publique. Disparités criardes dans le traitement salarial d’un ministère à un autre, conditions exécrables d’exercice, frustrations, clientélisme, abus d’autorité, harcèlement ; rien de tout cela n’existerait si ce n’est pour nourrir les fantasmes des anti-régimes. Or il suffisait de poser une question toute simple, basique en toute démocratie : « d’où vient l’argent utilisé par la classe politique ? ». On veut bien savoir comment des membres de cabinets ministériels financent-ils des meetings, des marches, des mouvements, des associations voire des partis politiques. Des médecins officient dans des blocs opératoires, presque à mains nues, sans électricité et sans instruments chirurgicaux adéquats, pendant que des cadres du ministère de la santé distribuent des jetons de présence à des recrues de meetings. Mais, rien de tout cela n’est pas perçu comme un signe de déstabilisation de l’administration. Des douaniers, des enseignants, des médecins, des ingénieurs en poste à la fonction publique à l’assaut du suffrage universel ne figurent bizarrement pas dans les périls sur le rendement de cette administration. Dans un contexte où l’Etat béninois se contente juste de tolérer (et non de reconnaitre) les partis classiques à travers un document obsolète pompeusement dénommé charte des partis politiques. Malheur à tous les états-majors qui ne disposent pas de piquets de rackets au sein de l’administration afin de leur faire virer des rapines obtenues à l’issue de frais de missions, de gré à gré fantaisistes, d’appels d’offres tronqués, de surfacturations diverses etc…

Ainsi va la politisation du service public…

Par Arimi Choubadé
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