Il y a toujours une opposition…quelque part…

jeudi 30 juin 2011 par Arimi Choubadé

Houngbédji à la retraite, Léhady à la majorité plurielle, Bio Tchané en reconversion à la clientèle privée ; il n’y aurait donc plus d’opposition. Roue libre pour la refondation en passe de réciter sa dictée à l’ensemble des citoyens sans aucune résistance. Des refondateurs prédisent déjà une éternité à leur règne. Peut-être ont-ils été inspirés dans leur analyse par l’atonie assourdissante d’éventuels contradicteurs face aux événements d’après K.O électoraux. Formation du gouvernement, liquidation des biens saisis auprès des faux placeurs d’argent, grèves, arbitrage de la Cour constitutionnelle dans le conflit social. Aucun de ces sujets n’a provoqué la moindre réaction de ceux qui pourraient revendiquer une alternative politique au docteur-refondateur. L’absence de toute déclaration solennelle d’appartenance à l’opposition de la part de ce qui reste de l’UN originelle (le groupe des 21 à l’Assemblée nationale) n’apporte pas le démenti espéré à cette perception des choses. Blanc seing donc pour la Marina ?

K.O ou pas, la Cour constitutionnelle n’a concédé qu’un peu plus de 53% au vainqueur de la présidentielle. A moins de croire que les ralliements tous azimuts, les retournements de veste et d’alliance ainsi que quelques démissions médiatiquement affichées ont suffi à faire disparaitre les opinions de tous ces gens qui ont porté leurs suffrages sur les anti-refondateurs. Sans oublier, ceux, parmi le million et plus d’exclus de la Lépi qui ne portent pas le régime en place dans leurs cœurs. Même s’ils ne disposent pas de structures formelles pour agir, ils n’en demeurent pas moins une opinion hostile à celle qui préside aux destinés du pays. Libre aux refondateurs de faire comme si elle n’existe pas. Quelqu’un pour me dire si les agitations et les débrayages sauvages dans les ministères, sous la houlette du Cosynap, participent également d’une dynamique refondatrice conforme aux vœux et aux orientations de Yayi.

A se demander si c’est une bonne nouvelle pour la Marina de ne pas disposer d’un contradicteur formel et facilement identifiable comme ce fut le cas avec une UN au faîte de sa gloire alliée à un G13 tout aussi flamboyant. On voit bien le calvaire de Abdoulaye Wade écrasant tout sur son passage au sein de toutes les institutions sénégalaises mais confronté à un adversaire difforme, invisible et brouillon, à savoir la rue. Personne ne pouvait lui tenir tête au sein du parlement, du sénat, du gouvernement ou du conseil constitutionnel. Il lui est loisible d’inscrire un amendement dans la constitution le matin et le retirer le soir, à sa convenance. Au même moment, il est contraint de payer cash chaque poussée de fièvre dans la rue : voitures brûlées, bâtiments officiels voire privés incendiés, pneus enflammés, rixes sanglantes entre policiers et manifestants. En prélude à une simple conférence de presse, les opposants classiques doivent casser leurs tirelires rien que pour les frais de diffusion dans les médias et les jetons de présence de journalistes. Alors que les exploits de manifestants en courroux dans les rues bénéficient de direct à la télé et à la radio, des titres en couverture de journaux, d’envoyés spéciaux d’agences de presse internationales, sans bourse déliée.

La question posée par les amis et qui parait plus conforme à la situation est celle de savoir le type d’opposition souhaité par les refondateurs. La timorée, désargentée, minée par des conflits internes mais assez représentative ne serait qu’au sein du parlement ? Ou celle incontrôlable à l’origine des cauchemars de régime à Tunis, au Caire, à Dakar voire à Ouagadougou ? La première, aspirant à prendre le pouvoir un jour, essaie de préserver l’essentiel ; la seconde, sans agenda précis, casse tout sur son passage. Une opposition du genre de celle qui a jeté des pierres à Kérékou en décembre 1989 ? N’oublions pas la possibilité de dissidence à l’interne. A la refondation de choisir.

Entre la rue… et l’UN-G13, version 5ème législature ???

Par Arimi Choubadé
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Messages

  • Qu’est-ce qu’on se délecte ! Ils ont échappé au printemps arabe et à la guerre civile, version lybienne. Ils n’échapperont pas à la rue version sénégalaise si jamais ils essaient de toucher à une virgule de la constitution notamment en ses articles sur la limitation d’âge et de mandat. Qu’ils essaient. Les rues de Dakar seron un pique-nique comparé à ce qu’ils vont vivre.