La constitution de Dossou et le « dieu » de Alokpo…

vendredi 8 juillet 2011 par Arimi Choubadé

On connaissait les prouesses de la constitution de Dossou : capable de valider le premier tour de la présidentielle à moins de 30 jours de la fin du mandat en déphasage avec l’article 47 ; de cautionner une élection sans liste électorale ; de rendre le Bénin sans parlement durant plusieurs semaines ; de déclarer aléatoire des constats d’huissier ; d’imposer un fichier électoral inexistant, de modifier la procédure de remplacement des membres du bureau de l’Assemblée nationale etc… Un arbitrage constitutionnel qui a largement contribué à réaliser les deux K.O électoraux dont le traumatisme sur la classe politique continue de faire des ravages. Tendance très favorable donc au docteur-président-refondateur en guise de rampe de lancement pour un bail à vie à la Marina. Malgré tout cela, on a entendu l’intéressé, lui-même, affirmer que le second mandat serait le dernier, en conformité avec ce qui reste de la constitution du 11 décembre 1990 revisitée par les décisions de la Cour de Robert Dossou.

Il faut désormais compter avec le « dieu » du pasteur Alokpo, celui capable du miracle du troisième mandat. Un dieu à distinguer très certainement de celui qui a enseigné dans les écritures saintes de respecter l’Etat et les lois. Or l’Etat du Bénin dispose d’une loi fondamentale prescrivant que dans tous les cas nul ne peut effectuer plus de deux mandats présidentiels. Le fait seulement d’envisager que ces dispositions viendraient à être violées est une attitude détonante de la part d’un religieux présumé. Seuls les hommes politiques détenteurs du pouvoir de faire réviser la constitution devraient se lancer dans ces genres de spéculation. Mais, Alokpo, homme de foi présumé, préfère voir au-delà de la législation existante et prêcher, peut-être par anticipation, sur une éventuelle remise en cause. Je n’oserai pas reprendre à mon compte la fable du « crétin qui se fait passer pour un chrétien » brillamment reprise sur une radio locale à Cotonou, il y a bientôt deux ans.

Les Béninois retiennent leur souffle en attendant le dénouement de ces passes d’armes subtiles par médias interposés. Il est sûr que la courtisanerie mijote un dernier baroud d’honneur dans le dessein de faire éterniser le règne de son porte-drapeau. Yayi au pouvoir est le seul gage pour tripatouilleurs de texte, pasteurs de circonstance, organisateurs de meetings de remerciement et de marche de soutien de faire de bonnes affaires. Ce qui augure certainement d’une compétition entre refondateurs pour savoir lequel trouverait la meilleure formule pour aboutir à ce fameux troisième mandat. Entre les arbitrages constitutionnels à polémiques et les prêches fantasmagoriques de pasteurs-politiciens, on se demande d’où viendrait la recette-miracle. Il n’est pas exclu que les différents clans se donnent la main afin de conduire la manœuvre sous la même bannière. Une sorte de rassemblement de tous les refondateurs, institutionnels, religieux et politiques, autour de l’objectif commun.

Dans un cas comme dans l’autre, le viseur de ces refondateurs ne voit que le devenir de leur champion suborné leur propre trajectoire. Le sort des 7 millions d’autres citoyens ne mérite pas qu’on s’y attarde. La résorption du chômage de jeunes, l’abaissement de la tension sociale, les retards dans la liquidation des créances aux guichets du trésor public, le spleen général des entreprises privées, aucun de ces sujets ne figurent sur les tablettes des agitateurs autour du troisième mandat. A peine s’ils daignent réfléchir sur le contenu à donner à la refondation. L’émergence a pu vendre au moins le rêve de la croissance à deux chiffres. La refondation porterait-elle la barre jusqu’à trois chiffres ? Parce qu’il faut bien achever le mandat des K.O avant de penser à un autre. Alokpo serait bien inspiré de révéler à ses fidèles ce que prédit son « dieu » pour les 5 prochaines années.

Avant le troisième mandat, il y a le deuxième…

Par Arimi Choubadé
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