82% de réussite au Cep, un scandale ???

mardi 12 juillet 2011 par Arimi Choubadé

A peine 82% de réussite au Certificat d’études primaires (Cep) 2011 et la critique se déchaine ; baisse de niveau, inadéquation des nouveaux programmes d’études, absence de motivation des enseignants, politisation des résultats. Accorder ce diplôme à ces enfants serait un parjure passible du courroux de puristes autoproclamés. La grande majorité des récipiendaires en serait indigne. Il fallait continuer à faire stagner ce taux autour de 50% comme au « bon vieux temps ». L’âge d’or du système éducatif où on devrait tenter cet examen à 3, 4, 5 voire 6 reprises, et n’espérer le décrocher qu’à 18 ans et plus. De quoi décourager définitivement les moins blindés psychologiquement et entretenir le stress des parents. De nos jours, la moyenne d’âge des aspirants à ce premier diplôme est de 9 ans. Les adversaires de la réussite massive ne nous disent pas comment atteindre l’éducation pour tous (prescription constitutionnelle) si plus de 50% des candidats au premier diplôme académique devraient être recalés, chaque année, pour cause de fantasmes élitistes, d’un autre siècle.

De la baisse de niveau. Prétexte revisité invariablement avec une fixation sur le niveau de langue. C’est presque un scandale que les enfants d’aujourd’hui ne fassent plus attention à parler la langue française de la même manière que leurs grands parents. De cette époque où le colon n’avait besoin que de quelques indigènes instruits et commis à son service. A cette minorité d’assimilés, on pouvait imposer toute la rigueur possible dans le maniement de la langue de l’ancêtre gaulois. Le Cep donnait droit, en ce temps-là, à de hautes fonctions au sein de l’administration publique. Si en 1960, un breveté pouvait se retrouver au palais de la Marina, en 2011, c’est un docteur en économie de développement qui y est parvenu. Désormais, le Cep ne donne droit qu’à une obscure posture d’agent de liaison ou d’hommes de rang au sein de l’armée. Et c’est cela qu’on voudrait refuser aux enfants du 3ème millénaire.

Ne pas maitriser la langue française, en écrit et en oral, serait une tare rédhibitoire. Celui qui le dit n’a certainement pas lu le grand penseur Hamadou Hampaté Ba qui affirmait que « l’écriture, ce n’est que du savoir couché sur du papier ». Au départ était donc le savoir. Il y a parmi nos chers exégètes dits de la vielle école des imbattables dans le maniement de la langue de Molière mais qui sont de véritables cancres devant une console de jeu vidéo ou un clavier d’ordinateur. Les prétendus ignares sont capables, rien qu’avec une connexion Internet, de faire des misères à de respectables hommes d’affaires, parmi les plus avertis, à des milliers de kilomètre de distance. Même si cette expertise en nouvelles technologies est, pour l’heure, beaucoup plus tournée vers le délictuel, il n’en demeure pas moins un savoir des temps nouveaux, entièrement maitrisés par les jeunes sans diplômes, à l’instar de nos ainés expertisés, en leur temps, dans l’assimilation et la dévotion absolues vis-à-vis du colon.

Il y a peut-être du vrai dans les inquiétudes des puristes à propos de la qualité de l’enseignement. A eux de mieux se faire comprendre autrement que par ces fantasmes autour des taux de réussite aux examens et du niveau de langue française chez les jeunes élèves et étudiants. Les dénonciateurs de taux de réussite trop élevé sont les mêmes qui se perdent en grimace dès que ce taux est relativement bas. Une décennie déjà que, dans le pays de référence, la France, le baccalauréat tutoie le taux de réussite de 90% (85% en 2011) sans que personne ne crie au scandale. Pendant qu’on se conjecture au Bénin sur les 82% au Cep. Depuis l’agonie du régime révolutionnaire et la fin du plein emploi à partir de 1986, les diplômes académiques ont cessé d’être des documents d’accès direct à la fonction publique. Pourquoi tant de fétichisme autour des diplômes académiques de plus en plus désuets ?

Bravo les petits !!!

Par Arimi Choubadé
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