Des militaires à la place des alliés ???

jeudi 14 juillet 2011 par Arimi Choubadé

Ils ne sont plus dans les casernes mais commis à la surveillance des caisses de l’Etat au sein des entreprises et offices publics ou semi-publics. La peur du militaire pour faire baisser le taux de corruptibilité, dit-on. Rien n’avait pu refréner la boulimie des émergents ; pas même la marche verte de leur leader dans les rues de Cotonou et toutes les autres en soutien organisées sur toute l’étendue du territoire national. Ce n’est qu’en fin de mandat qu’on a su que la magouille avait pion sur rue partout à commencer par le temple des passations des marchés publics, un haut lieu de la combine et des passe-droits sur le dos du contribuable, épinglé par l’un des premiers conseils des ministres de la Refondation. Suffisamment édifiant pour que le chef suprême des armées décide d’envoyer la cavalerie dans les sociétés d’Etat avec l’espoir que les comptes publics y seraient mieux gardés qu’auparavant.

Très peu de Béninois trouveraient à redire sur le diagnostic à propos de l’état de la corruption à la fin du mandat de l’émergence et au début de celui de la Refondation. Catastrophique ! Ce qui fait moins l’unanimité, par contre, c’est la solution « militaire ». Une concurrence des casernes que sauraient apprécier, en son temps, les nouveaux partenaires de la politique de « main tendue ». Surtout que les compétences foisonnent parmi les transfuges de l’Union fait la nation ou des autres regroupements ayant récemment rallié le pouvoir. Or, si l’intrusion des hommes en uniforme sur le marché des nominations se poursuivait, cela ne ferait que réduire davantage les canaux de promotion des militants et sympathisants des nouveaux partenaires. En effet, il n’est pas exclu qu’après l’audition des sociétés publiques, la manœuvre ne soit étendue à d’autres niches de nomination traditionnellement réservées aux amis politiques.

L’occupation de postes demeure l’un des principes fondamentaux de la participation à la gestion du pouvoir d’Etat. Le bilan du mandat incombe aussi bien au vainqueur proclamé de la présidentielle qu’à ses alliés, anciens comme nouveaux. De toutes les façons, quel que soit le résultat du remède anti-corruption, les militaires retourneront dans leurs unités d’origine, penauds. Les alliés, eux, devront s’expliquer devant les électeurs de la mauvaise santé des sociétés, s’il y a lieu. Privilèges et avantages liés au poste pour les militaires ; risques et conséquences d’un éventuel échec pour les amis politiques. Ces derniers devraient y ajouter le courroux de leurs bases frustrées d’avoir été laissées sur le carreau pendant que des militaires, qui, théoriquement, n’auraient pris aucun risque, occupaient tous les espaces.

Et puis cette fable angélique du militaire rigoureux, incorruptible. Alors qu’on attend d’élucider toutes les polémiques autour des convoyages des « cantines du K.O » à l’occasion des scrutins de 2011. Les ténèbres planent toujours sur le rôle de certains hauts gradés dans les affaires Kolmas, Icc-Services, voire Hamani, sans oublier le projet de construction des modules de classe. C’est heureux que la grande muette ait retrouvé une certaine jouvence au point de l’ériger en recours vertueux. Il y a 20 ans à peine, son nom était mêlé à la terrible répression contre les adversaires du régime : tortures, meurtres, règlements de compte, abus d’autorité, détournements de fonds publics, manipulations de toute sorte. Le relatif crédit retrouvé est dû à leur retrait de la vie publique. Le retour sur la scène ne peut que réveiller de mauvais souvenirs dont se délectent par avance les alliés évincés à leur profit.

Fallait peut-être pas les sortir des casernes !!!

Par Arimi Choubadé
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