La grève de la refondation...

lundi 18 juillet 2011 par Arimi Choubadé

Étrange, ce premier bras de fer d’après K.O électoraux entre fonctionnaires et gouvernement. C’est sûr qu’auparavant le ton avait également monté : grève général sans service minimum d’un côté, exhibition de muscle de l’autre assortie de la menace de radiation des grévistes et leur remplacement par des appelés du service militaire en passant par la défalcation sur salaire et l’interdiction de manifester dans les rues. Mais jamais de psychodrame à l’instar du gigantisme entretenu autour de la grogne dans l’administration publique en ce début de refondation. Le tableau fait frémir : un chef de l’Etat obligé de descendre personnellement dans les ministères pour faire entrer, par ses propres mains, les grévistes dans les bureaux ; le palais de la Marina agité par de véritables conseils de guerre réunissant le président de la République et les principaux chefs de l’armée recevant des instructions en vue de mater la grève. Ajouté aux grévistes prompts à répondre, au coup par coup. Le bas peuple compte les coups et retient son souffle.

Bizarrement, les protagonistes semblent de plus en plus convaincus de l’existence d’une solution par les tiers, c’est-à-dire d’autres acteurs que les grévistes et l’Etat béninois, leur employeur. Le gouvernement alerte la grande muette pendant que les grévistes jouent sur la paralysie de l’appareil administratif, donc le calvaire des usagers. Aucune place finalement pour une quelconque négociation directe. Au nez et à la barbe de la toute nouvelle primature chargée du dialogue social. Ni les grévistes qui comptent sur un écœurement général des usagers, ni le gouvernement occupé à mobiliser les casernes ne considèrent Koukpaki comme un joker. A peine s’il ne donne pas l’impression d’être l’otage de luxe d’une guerre médiatique sans merci entre les deux camps.

Deux enseignements à tirer de cet imbroglio ; le premier est l’utilité de l’armée. En effet, plaçons-nous dans l’hypothèse où les militaires parviennent à remplacer les grévistes. On est en droit de s’interroger sur ce qu’ils faisaient dans les casernes. L’Etat béninois ne peut continuer à les entretenir à coup de milliards juste pour servir de briseurs de grève. Personne ne nous dit s’il est prévu de pourvoir au remplacement des remplaçants de fonctionnaires. A moins qu’on nous dise que quelques centaines de militaires soustraits des casernes n’a aucune incidence sur le pays et que l’armée n’avait pas de rôle d’importance à jouer dans la vie de la nation. Ne parlons même pas des supputations liées à la compétence, l’expérience, l’efficacité, l’adaptation et leur coût pour le trésor public dès que les agents de substitution vont prendre les commandes des bureaux désertés par leurs habituels occupants.

Venons-en ensuite à cette clameur populaire autour de la prétendue crise sociale. Crise sociale ? Parce que moins d’1% (selon la terminologie gouvernementale) de la population est en rogne contre son employeur ? Il n’y a pas de crise lorsque des milliers d’étudiants sont persuadés de se retrouver au chômage dès la fin de leurs études. Pas davantage de crise lorsque la production de coton a considérablement abîmé les terres cultivables. Personne ne constate de crise sociale lorsque les petites et moyennes entreprises ferment une à une leurs portes faisant quotidiennement de milliers de chômeurs supplémentaires. On peut s’étendre également sur les centaines de milliers de travailleurs du secteur privé systématiquement soumis à un régime quasi esclavagiste avec des salaires de misère, irréguliers, au gré des humeurs et des abus des patrons. Au Bénin, il n’y a crise sociale que lorsque les fonctionnaires sont en grève.

Nous sommes, peut-être, tous des fonctionnaires…

Par Arimi Choubadé
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