La grève créatrice d’emplois ???

mercredi 20 juillet 2011 par Arimi Choubadé

Enfin, une bonne nouvelle en cette aube de refondation. Des milliers de promesse d’emploi net ; en pleine administration publique, s’il vous plait. Ironie du sort, grâce à la grève sauvage des fonctionnaires. Sous réserve, bien entendu, de la mise en exécution de la menace gouvernementale de radier tous les grévistes. Ce qui libère d’un seul coup plusieurs postes à pourvoir dans les ministères secoués par les débrayages en cascade. A en croire le ministre-beauf, cette promesse-ci sera tenue. Le seul mérite exigé des futurs récipiendaires est d’avoir été appelé au service militaire d’intérêt commun. Des patriotes, par excellence ! Pour ces authentiques fils de la nation, point n’est besoin de contraignants concours ou de qualification spéciale. Une petite entorse aux règles de recrutement de l’appareil d’Etat pour le bonheur d’une jeunesse désemparée ayant perdu foi en l’avenir. Déjà sous l’émergence, un exercice du genre avait permis d’enrôlé des centaines d’agents sans formalité légale par le truchement d’une procédure spéciale dite « reversement d’agents contractuels ». Tant pis si cela devrait bousculer des équilibres budgétaires déjà très fragiles. Il fallait donner une contexture à la « prospérité partagée » si chère au discours de la Marina, à l’époque.

On se demande d’ailleurs pourquoi on continue de parler de crise sociale alors qu’au bout de toute l’agitation apparait l’espoir de nouveaux emplois pour des jeunes. Juste une sorte de redistribution des cartes. Les menacés de radiation quant à eux n’ont pas beaucoup à perdre dans cette affaire. Ce ne sont d’ailleurs pas les plus vulnérables de la population et n’ont même pas à craindre pour leurs vieux jours. L’activisme éclairé de leurs leaders syndicaux leur suffit à obtenir, par divers recours, de substantiels dédommagements pour violation de la législation du travail et autres conventions internationales de protection du droit de grève et des travailleurs. De l’argent du trésor public pour les radiés et de l’emploi durable pour les appelés du service militaire. Avec en prime un moratoire garanti pour le gouvernement, en attendant que les derniers enrôlés ne s’instruisent à leur tour aux techniques de lutte syndicale et de revendications. Peut-être sous un autre régime – le prix à payer pour que la refondation puisse dérouler toute sa science sans anicroches.

Il est à noter que le tour de chauffe au sein de l’administration publique recèle en elle-même sa propre solution. Les refondateurs n’ont d’ailleurs pas mis du temps pour en mesurer la portée avec leur décision de radiation massive de grévistes et le recours à l’armée pour éviter au chef de l’Etat d’aller user de son propre corps afin de faire échec aux piquets de grève aux abords des bureaux. Pourquoi alors se focaliser sur une situation dont l’issue est déjà connue ? La vraie crise à redouter est l’éventuelle volte-face du régime. Je veux bien revoir le célèbre beauf du gouvernement venir dire sur les plateaux de télévision que la grève a eu lieu mais que les sanctions de radiation n’ont pas été exécutées. Imaginez les appelés du service militaire contraints à ravaler tous leurs espoirs avec le sentiment d’avoir été une fois encore les dindons d’une farce, les éternels bernés à chaque soubresaut syndicat-gouvernement.

La vraie crise qui pointe à l’horizon est la colère de tous ces diplômés relégués dans la posture indécente de doublure de luxe des fonctionnaires. Ils ne sont utiles que lors des joutes médiatiques et des démonstrations propagandistes. A la fin de toute la saga, ils devraient retourner tranquillement à leur morne habituelle en attendant la prochaine éruption syndicale. Dire que le séjour de quelques mois de ces appelés (doublures médiatiques d’agents en grève) dans les casernes a couté plusieurs dizaines de milliards au contribuable.

Il n’y a pas que les fonctionnaires qui savent se fâcher !!!

Par Arimi Choubadé
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