On n’aime le Bac que quand il est à -28% de réussite…

vendredi 22 juillet 2011 par Arimi Choubadé

De vrais bacheliers, la crue 2011 de lauréats du Bac ! A peine 28% des candidats l’ont décroché. Ne dites surtout pas que ce taux est porté jusqu’à 85% en France. N’importe quoi ! Au Bénin, le bac n’a de valeur que lorsqu’il sème la désolation dans le maximum de ménage et parvient à écœurer jusqu’aux postulants les plus téméraires. L’histoire de ce diplôme est parsemée de croustillantes anecdotes. Chaque récipiendaire, toutes promotions confondues, a toujours quelque chose à raconter sur le sujet. De ce gendarme qui n’a pu décrocher le mystérieux sésame qu’au bout de la dixième tentative au blanc bec qui l’a obtenu au premier essai, à moins de 15 ans en passant par le pauvre mec qui a fini par se suicider dans le Borgou après un nouvel échec, le fils de paysan qui a dû abandonner faute de moyens ou le traumatisé qui a dû s’exiler, un an au moins, dans un pays voisin avant de pouvoir revenir au pays s’inscrire à l’université d’Abomey-Calavi. Ce pot-pourri des drames autour du baccalauréat au Bénin est loin d’être exhaustif.

Qu’on ne s’y méprenne pas. Le spleen autour du Bac béninois ne concerne, en réalité, qu’une infirme partie des concernés. Ce diplôme a acquis ces lettres de noblesse voire sa popularité au détour de ces retentissants échecs massifs enregistrés à chaque édition. On l’adore ainsi : corsé, tortueux, difficile, éprouvant et impitoyable pour les plus vulnérables psychologiquement. La rengaine ne change jamais, avec ou sans les nouveaux programmes d’étude. C’est plus qu’un rite initiatique ; ne sommes-nous pas au pays du vaudou où l’admission à la moindre caste se paie au prix d’effroyables souffrances et sacrifices. L’imaginaire collective n’a jamais rien connu d’autres que ces massifs échecs à ce diplôme. Déjà que le Cep a osé afficher un taux de 85% que des puristes y voient une dévaluation dégradante bien qu’il n’offre aucun privilège particulier du fait des conditions d’enrôlement sur le marché du travail de plus en plus élitistes. Presque inutile, le Cep, mais difficile à obtenir quand même. Les traditions et leurs réputations !

Tout le monde trouve finalement son compte dans les Bac à taux de réussite catastrophique (vue d’ailleurs). Prétexte idéal pour les recalés afin de se donner bonne conscience. L’échec n’est pas de leur faute mais celle du mythique diplôme. Un programme tellement fastidieux que les professeurs ne parviennent que rarement à l’achever en classe avant les examens ; un rythme de cours infernal ; des difficultés pour les parents de doter leur progéniture des ouvrages prescrits ; des séances de rattrapage ou de renforcement hors de prix. La faute à tous ces facteurs mis bout à bout, jamais celle des candidats. On peut même rajouter des enseignants correcteurs trop retors, plus rigoureux dans les annotations à l’examen que lors des cours et des contrôles de classe. Les recalés apparaissent comme d’innocentes victimes d’une cabale institutionnelle érigée en système.

Quant aux quelques uns qui parviennent à se soustraire de ce terrible filtrage, c’est la gloire d’un moment. Etre détenteur du graal inaccessible malgré tous les obstacles est en soi une célébration. Tant pis si la joie devrait être écourtée par les réalités du lendemain. D’abord, le parcours du combattant lors de l’inscription dans les facultés pour ceux qui se sentent encore capables de poursuivre le calvaire. Le désert total à l’horizon, ensuite, pour les plus pressés à s’engager dans une vie active. Le document en lui-même ne donne droit à presqu’aucune prétention professionnelle digne de ce nom. Peut-être une obscure position d’instituteur ou de professeur de collège pour les plus chanceux. Toute cette psychose d’avant-bac, rien que pour cela.

Le Bac à moins de 28% d’admissible a encore de beaux jours devant lui…

Par Arimi Choubadé
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