Les partis politiques meurent, les mafias prospèrent…

lundi 25 juillet 2011 par Arimi Choubadé

On aurait pu dire : « les partis K.O., les mafias OK ». Ils doivent jubiler tous les courtisans passés maîtres dans l’art de tirer à boulets incandescents sur les partis. C’était presque leur moment de gloire lors des K.O électoraux infligés aux écuries traditionnelles ; le dessein enfin accompli. L’argent-roi a établi sa superpuissance en repoussant dans leurs derniers retranchements idéaux, projets de société, vertu, morale et toutes autres valeurs. Applaudisseurs de discours, électeurs, membres d’institutions, agents des bureaux de vote, chacun en a eu pour son compte. Ce dont on est sûr c’est que l’argent ne venait ni des partis encore moins des rapines issues d’un trésor public dont on connait les limites. D’où alors ? Réponses dans l’actualité de ce début de refondation particulièrement abondante en affaires de drogue et de stupéfiants. Le Bénin la plaque tournante de tout ce trafic à l’échelle sous-régionale ? Bizarre que les chancelleries qui le clament à présent aient recelé ces informations avant les consultations électorales de 2011. Or, c’est plus qu’une évidence que les narcotrafiquants ne pouvaient rester les bras croisés pendant que se renouvelait l’essentiel de l’establishment local (président de la République, ministres, députés, etc…). L’histoire nous dira pour qui ils avaient roulé à l’occasion.

Sans verser dans un bénino-pessimiste de mauvais aloi, on peut constater que rien de ce qui est officiel ou légal ne prospère dans le pays. Persécutions fiscales et administratives pour les entreprises officiellement agréées ; passe-droit et prospérité pour trafiquants de drogue, de stupéfiants et de devises. Malgré la chute des faux placeurs l’arrogance des buildings de plus en plus majestueux, des carrosses de grand luxe et des exubérances sans limite est visible partout. Le Bénin à double géométrie dans toute sa splendeur.

Les exemples de pays dépourvus d’institutions et de partis crédibles foisonnent dans le monde. C’est dans un pays tout près du Bénin que Chef de l’Etat, démocratiquement élu, ministres, députés, généraux de l’armée, officiers de police se font quotidiennement assassiner et mutiler sans que les auteurs ne soient identifiés et châtiés. Des juges sont contraints au dépôt de tablier pour ne pas avoir à prononcer des verdicts dictés par avance. Ne parlons pas des écrivaillons trop impertinents réduits au silence. Le rythme de la vie public est déterminé par d’obscurs parrains sud-américains détenteurs des véritables leviers du pouvoir. Les dandys parés d’or et de paillettes, remarquables à toutes les fêtes de coin de rues font beaucoup d’effets sur la jeunesse que les discours et les projets de société de politiciens. La démocratie de l’argent, du sexe, du vice et des rixes. Dans ces Etats-là, les urnes ne servent plus à grande chose puisque les différends peuvent se régler au bout des colts.

Le Bénin n’en est peut-être pas là mais on peut logiquement se poser la question de savoir si le pays dispose de la structuration nécessaire pour faire face à ce qui se profile à travers les rapports internationaux sur l’invasion de la drogue. L’extrême fragilisation des partis se ressent sur la démocratie et l’Etat lui-même, déstabilisé sur ses propres fondements. La moindre tension, la moindre éruption sociale se transforme en crise nationale. Il faut pourtant des structures capables de faire le rempart face au péril. Les chefferies traditionnelles ? Les religieux ? La société civile ? Même l’appareil répressif n’offre pas de garantie. Les connivences en son sein depuis les magistrats jusqu’aux officiers de police judiciaire en passant par les auxiliaires de justice sont de notoriété publique. A moins que les refondateurs ne possèdent une arme secrète capable de venir à bout de l’invasion de la poudre blanche.

Un truc bien plus ingénieux que la Lépi, si efficace contre les partis politiques…

Par Arimi Choubadé
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