Le Bénin pays pauvre ???

mercredi 27 juillet 2011 par Arimi Choubadé

Aux fonctionnaires au repos sur plusieurs journées de travail sous prétexte de grèves ; d’autres journées chômés et payées à foison : fêtes religieuses, recensement électoral, hommages à l’armée etc… Les moments d’oisiveté ne se comptent plus au profit des agents de l’administration publique. Malheur à qui oserait sortir la calculette. Tant pis si une journée déclarée chômée et payée pourrait être évaluée à près de 3 milliards de manque à gagner pour le trésor public national. Le tabou infranchissable depuis des lustres. Jamais un argentier national n’a daigné s’expliquer sur l’ardoise des débrayages au sein de l’administration publique. Le terrorisme syndical ambiant s’est chargé de rendre désuète toute velléité de défalcation sur salaire pour fait de grève. Les cessations de travail, en constante augmentation, les unes plus sauvages que les autres, parfois sans service minimum dans des secteurs aussi vitaux, sensibles et stratégiques comme la santé et la douane se suivent sans que personne ne s’occupe de comment payer la note et par qui.

La grande France, puissance économique, miliaire, diplomatique a dû supprimer une journée chômée et payée pour financer un programme de lutte contre la canicule à la suite de la catastrophe qui a emporté des dizaines de personnes âgées en 2003. Déjà qu’elle ne connait pas de Maouloud, de fête des vaudous, de lundi de tabaski ou de Ramadan comme c’est le cas au Bénin. A croire qu’ici aucun programme social ne recherche de financement en vain. Que les gouvernements respectifs ont fini de régler le problème du chômage massif et systématique des diplômés, de manque d’eau potable, d’absence d’électricité, de pénurie de médicament et de personnel dans les centres de santé. Que toutes les poches de pauvreté ayant été anéanties au Bénin, on pouvait se permettre de payer les gens pour se reposer. Sarkozy a séduit une grande majorité de ses compatriotes en prêchant de travailler plus pour gagner plus. Au Bénin de la refondation, on travaille moins pour gagner plus. En effet, au bout de plusieurs jours de débrayage, d’abandon des lieux de service, de paralysie de l’appareil de production, de menaces sur la paix sociale, les salaires ont été augmentés de 25%.

Le récurrent débat sur les deux Bénins qui se côtoient sans se voir. D’un côté, le face-à-face exclusif entre l’Etat et ses agents, de l’autre, tous les autres citoyens. Salaires réguliers et en augmentation, primes, missions, couverture sociale et retraite assurée pour les fonctionnaires et autres commis de l’Etat. Et presque rien pour tout le reste. Le régime esclavagiste continue d’être la règle dans les entreprises privées où on peut être licencié, abusé, humilié sans voies de recours dignes de ce nom. Pire pour les paysans, artisans, ouvriers et autres complètement livrés à leur sort. Il ne s’agit pas d’accorder la charité à tout le monde. Mais tout comme les fonctionnaires bénéficient d’une règlementation leur garantissant le droit de grève et la protection de leur emploi, les autres citoyens ont besoin également de protection légale, de sécurité dans les transactions entre acteurs sociaux etc…

Il n’y a que dans l’administration publique que l’on peut avoir l’opportunité d’acheter une paire de gant à 90.000 f Cfa, un imperméable à 400.000 f Cfa sans conséquence. Cet Etat que l’on dit pauvre voit disparaitre quotidiennement ses milliards en surfacturation, en procédure de gré à gré dolosives, en faux frais, en manipulation de deniers publics, dans une totale impunité. Cet Etat dit pauvre est l’employeur de gens capables d’organiser, de leurs poches, des meetings, des campagnes électorales, des partis politiques, à coup de millions de francs. Ne parlons pas des maisons de campagnes érigées dans un luxe insolant, des maitresses entretenues à grands frais, d’indécentes orgies lors de cérémonies rituelles etc…

Dites-moi si cet Etat-là est pauvre !!!

Par Arimi Choubadé
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