Christophe, définitivement indépendant…

mercredi 3 août 2011 par Arimi Choubadé

« Mort comme il a vécu : imprévisible », un commentaire bien à propos signé Gaspard Adjamonsi, président du Réseau des journalistes accrédités au parlement. Un aveu de fatalité de l’organisateur en chef de la veille permanente de son organisation au chevet du confrère comateux durant exactement 4 semaines, du vendredi 1er au vendredi 22 juillet 2011, en vain. Le « petit Jésus » du journal Le Matinal a pris congé de tous, au même moment où on pensait qu’il prenait le dessus sur le mystérieux mal ayant emporté sa femme enceinte, son petit Jean-Jaurès d’à peine 2 ans et leur malchanceuse hôte d’un jour de 12 ans, l’ayant lui-même plongé dans le coma. Des morts, la presse béninoise en a connues, de douloureuses, de tragiques, de précoces, de naturelles, de polémiques même, mais Christophe devrait y ajouter sa touche spéciale de questions sans réponses. Ce mal non identifié, dans le secret de son domicile, son combat contre la mort, une enquête judiciaire insondable, et finalement une fin sans descendance. Christophe était peut-être programmé pour vivre et mourir ainsi : imprévisible.

Comme je l’ai confié à une consœur de radio Tokpa, quelques heures après qu’il ait tiré sa révérence, ce fut le grand ami de plusieurs années avec qui j’étais très souvent en désaccord. Son imprévisibilité avait le don de le mettre en porte à faux avec beaucoup d’entre nous mais il y avait une seule chose sur laquelle il pouvait mettre tout le monde d’accord : c’est sa joie de vivre. Ce grand froussard était prêt à une cavalcade excitante en plein milieu des falaises d’Alédjo (nord Togo) sur la route de Kara juste à la recherche de sensations fortes. Les raids inopinés sur Accra-Lomé entre copains, les fréquentes soirées arrosées dans les rues de Cotonou et de Porto-Novo. Un baroudeur qui fut, tour à tour, « maquisard » sur le campus d’Abomey-Calavi, comédien au sein de la prestigieuse troupe Towakonou du célébrissime Baba-Yabo (géniteur du très brillant professeur Frédérick Joël Aïvo), vendeurs d’appareils électroménagers en provenance du Nigéria, enseignants de collège, tenancier de boite de nuit, barman, promoteur d’organe de presse… puis journaliste.

Lui-même qui s’identifie comme le mal aimé de la profession est néanmoins parvenu à faire observer l’un des plus grands élans de solidarité jamais connu entre professionnels des médias au Bénin. Le Centre hospitalier départemental de Porto-Novo a vécu un véritable siège de journalistes durant les 24 heures où il y a séjourné aux premières heures de la découverte du drame. Deux ou trois autres confrères ont dû être conviés à la veille permanente 24h/24 au Cnhu de Cotonou. A eux, la lourde mission d’assurer la prise en charge entière de leur ami, reléguant ainsi les proches parents dans un rôle de spectateurs. Tout ceci grâce à de multiples donateurs connus ou anonymes, les intentions de prière et les petites recettes traditionnelles. Et puis cette mobilisation de l’équipe médicale, des personnalités politiques et administratives ; on n’était pas loin d’une évacuation sanitaire dès que son état s’y prêterait, selon l’avis des médecins.

Comment alors justifier que cet émoi collectif exceptionnel n’ait pas pu s’étendre au volet judiciaire de l’affaire. Aucun indice n’a été fourni par la brigade de gendarmerie de Missrété et le procureur près le tribunal de Porto-Novo, un mois après la tragédie. Jamais personne n’a évoqué la moindre piste. L’opinion devrait se contenter de rumeurs et d’historiettes sulfureuses qui ramènent invariablement vers la piste du gris-gris fatal. Ne sommes-nous pas au pays du vaudou ? Autopsie des corps, tests de toxicité sur les restes d’aliments retrouvés sur les lieux, témoignages, recherches d’indices, rien de tout cela n’a permis de reconstituer les temps forts de cette nuit fatidique du mercredi 26 juin 2011 où il aurait appelé un de ses frères à l’aide, en vain. Quelques heures avant, il débordait d’énergie en compagnie de ses confrères partis couvrir le conclave du groupe des 21 parlementaires de l’Union fait la nation. Presque mort les armes à la main. A la décharge des enquêteurs, c’est plus facile et moins risqué de rançonner des automobilistes que de pister d’éventuels empoisonneurs ou envouteurs de journaliste.

Tristesse !!!

Par Arimi Choubadé
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