L’autre complot contre la classe politique ???

vendredi 5 août 2011 par Arimi Choubadé

Laissée sur le quai après les K.O., la classe politique est en passe de se faire conter la refondation. Ce ne serait pas, cette fois-ci, par bouderie, désintérêt, boycott ou caprice. En effet, aux dires du chef de file des refondateurs, le paquet des réformes serait finalisé et attendrait de passer les formalités institutionnelles (Assemblée nationale, Cour constitutionnelle, gouvernement). Réformer ou refonder l’Etat revient donc à donner une nouvelle orientation à la manière de gérer : de la politique pure. Il parait que l’exercice a été confié à d’éminents diplômés d’université majoritairement de grands juristes, prétendus architectes du pays nouveau, convenable aux vœux de croissance à deux chiffres, d’émergence économique, de révolution agricole, bref, du Bénin refondé.

En clair, de grandes réflexions nationales sur la manière de faire de la politique en excluant royalement les politiciens. Alors que les textes refondateurs sont en voie de transmission au parlement pour étude, aucun parti politique ne peut prétendre en connaitre les principales articulations. Pas même le parti au pouvoir, encore moins ceux issus de la politique dite de la main tendue. Ne parlons pas des autres pestiférés en rade du processus d’ouverture. Une fois encore, au berceau de la démocratie en Afrique, on fait de la politique, de la haute politique même, sans les politiciens. Les contours de la nouvelle cité seraient ébauchés sans l’apport de ceux dont le rôle est de la gérer. La logique de la négation du système partisan caractéristique d’un renouveau démocratique béninois d’un genre particulier depuis le lendemain de l’historique conférence nationale a décidément la peau dure. A peine si on ne célèbre pas l’inutilité consacrée des écuries chargées à qui la constitution confère l’exclusivité de l’animation de la vie publique et le concours à l’expression du suffrage universel. La fatwa populiste s’est chargée de proclamer tous les responsables de partis d’apatrides, ennemis de la nation, pilleurs de l’économie nationale. De la racaille dont on peut donc se passer.

Si les médecins sont autant jaloux de leur jardin sacré et ne tolèrent qu’aucun autre spécialiste ne vienne leur dicter la marche à suivre, et que les magistrats peuvent être aussi rigoureux en matière de respect d’indépendance de la justice, pourquoi voudrait-on que la politique soit squattée par des gens qui n’y connaissent rien et n’ont en principe rien à y faire ? A chacun son domaine. Ou lorsqu’on en est arrivé à constater la faillite collective des partis politiques il fallait enclencher l’acte politique subséquent à savoir leur dissolution et leur remplacement par de nouveaux gadgets conformes à l’idéologie de refondation. Au lieu de cette supercherie permanente consacrée par la fiction structurelle autour de la vie publique. Les scrutins se suivent et les regroupements statutaires régis par la charte des partis s’enfoncent davantage dans leur posture de faire valoir factice pendant que d’autres réseaux occultes s’adjugent l’essentiel du pouvoir d’Etat, par procuration.

La politique n’est pas que du droit, ou que de religion, ou que d’économie. C’est un tout agencé au sein d’un regroupement politique digne de ce nom. Même si cet idéal de parti n’existe pas encore au Bénin, il fallait commencer à réformer par là. Les bœufs avant la charrue. On aurait pu se consoler de la perspective d’une probable implication de la représentation nationale dans le processus. Seulement voilà, cette 6ème législature n’en finira jamais de trainer l’image du K.O, sur la base d’un fichier électoral excluant plus d’un million de citoyens en âge de voter soit le 1/5ème de la population totale. Et le souvenir de ce scrutin législatif boudé par plus de la moitié de la portion congrue enrôlée sur la très controversée liste électorale. A ces élus-là revient le droit de dire comment se ferait désormais la politique.

A eux de créer la nouvelle légitimité imposable à tous…

Par Arimi Choubadé
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