Ils ont même assassiné la mémoire du peuple…

lundi 8 août 2011 par Arimi Choubadé

Kouyami a parlé. D’affaires d’Etat, a-t-on dit. Des récits de première main, inédite, dans un style propre à lui, emphatique, volontairement décomplexé. Un ouvrage comme on en rencontre très rarement sur le marché national, un livre-interview. La jeune maison d’édition parisienne, Les Editions Ibidun, croit avoir effectuée une extraordinaire pêche. En effet, ce fut la rencontre entre un général, un vrai et des journalistes, des professionnels confirmés. C’est le livre béninois qui retrouve pratiquement une nouvelle jeunesse, ces dernières années, grâce à l’éclosion de talents en écriture au sein des professionnels des médias. Un Général parle de politique, des affaires d’Etat, de la démocratie, de la révolution, de l’armée, de sa vie privée devant des journalistes parmi les plus connus, Wilfried Adoun, François Awoudo, une maison d’édition en pleine confiance sur son devenir. Un mois, deux mois, un trimestre, un semestre et toujours rien. Pas le moindre buzz autour de l’ouvrage même lors de son lancement officiel intervenu pourtant plusieurs mois après sa sortie en librairie.

La faute à la crise économique, au coût de revient du document produit en France, à l’absence de culture de la lecture au Bénin ? Peut-être tout cela à la fois. Ce qui n’exclu pas une autre question moins idiote : Kouyami fait des révélations, et alors ? Tout le monde sait qu’aucun dossier en instruction, aucun verdict, aucun jugement ne serait modifié du fait de ces nouveaux éléments livrés à l’opinion publique. En face, dans toute sa laideur, la décision d’effacer « légalement » près de 30 années de l’histoire récente du Bénin. Il s’agit bien de la loi d’amnistie générale votée et promulguée au lendemain de la conférence nationale, au nom de la préservation de la paix sociale. Un coup d’éponge sur tous les crimes de régime y compris ceux de sang entre 1960 et 1990. L’histoire de l’Etat béninois commence finalement 30 années après son indépendance. Une sorte d’interdiction du devoir de mémoire, de déni de droit puisqu’on a choisi de tirer un trait sur toute une partie du vécu de toute une nation sans chercher à savoir ce qui s’était réellement passé.

Les moralisateurs autoproclamés n’ont de cesse d’en appeler à une prise de conscience des citoyens sans leur dire où trouver l’inspiration nécessaire pour ce faire. Un héritage fait de crimes, de tortures, d’homicides, d’adultère, de viol, de crimes économiques jamais élucidés peut-il servir de terreau à un processus de réarmement moral ? L’impunité n’aurait autant prospéré si au sein de l’appareil d’Etat (Gouvernement, Assemblée nationale, Cour constitutionnelle, Haute cour de justice, Conseil économique et social, Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication, l’armée) ne siégeaient pas encore des auteurs d’actes innommables amnistiés depuis 1990. Peut-être que les Béninois seraient capables d’élever leur niveau de conscience tout en préservant ce grand trou noir dans leur mémoire collective. Sans oublier que pendant que les anciens tortionnaires pavanent, les victimes et leurs proches rongent leur frein, en silence. Terrible cynisme au berceau de la démocratisation de l’Afrique.

Que peuvent les détails croustillants d’anciens acteurs de cette époque ? Même si on révélait avec preuves à l’appui que le chef de l’Etat d’alors se faisait servir au diner des soupes cannibaliques, personne ne bougerait le petit doigt. Faute donc de repères moraux à base de mémoire et d’histoire, les électeurs béninois se sont trouvés d’autres critères de choix à savoir l’argent-roi, l’ethnie et la religion. Surtout qu’en plus d’avoir perdu la mémoire, le pays est privé de partis politiques dignes de ce nom d’où pouvaient se murir les réflexions sur le devenir de la nation. Ainsi va le pays : une mémoire nationale atrophiée et une absence d’un niveau de réflexion sur la gestion de la cité.

Courage Général !!!

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/975-ils-ont-meme-assassine-la-memoire.html

Messages

  • Cher ami Arimi, j’avoue que vous m’apprenez la nouvelle de la publication d’un tel ouvrage. Je n’ai jamais eu vent de son lancement alors que je m’intéresse au plus haut point à tout ce qu"entreprend le Général KOUYAMI depuis sa retraite. Je pense que de telles initiatives doivent se mutiplier dans notre pays car ceux qui savent ont souvent peur de faire savoir qu’ils savent et préfèrent faire apprécier la substance de leur savoir dans le douillet velours des salons climatisés car ils sont toujours prêts à lécher les bottes des ignorants qui détiennent les clés qui donnent accès à la salle du banquet où se partage le gateau national. L’amnistie votée à la conférence nationale n’enlève aucunement à nos historiens, nos journalistes, nos hommes poolitiques, nos enseignants et chercheurs, leur devoir d’investigation historique et de témoignage vis à vis du peuple. Un peu comme si nous trainions une tare congénitale imprimée par notre culture de l’oralité, nous nous refusons de témoigner par écrit, de nous interroger et d’interroger nos concitoyens par écrit, et tout simplement de partager nos réflexions avec nos concitoyens par écrit. Un livre n’est pas fait forcément pour être un best seller mais avant tout pour porter un message de son auteur. Ce n’est pas parce que les hommes refusent de la voir que la lumière cessera de briller.

  • Mon Cher Arimi,

    Merci pour tout ce que tu fais pour ce pays. Tôt ou tard l’histoire te donnera raison. Comment peut-on se procurer ce livre, ou à défaut, pourrais-tu nous en donner les grandes lignes ? Bien sur avec la permission de l’auteur.

    Du courage !

  • L’editeur n’a qu’a balancer cela sur internet. C’est simple.