Elle a la vie dure, la mémoire collective !!!

mercredi 10 août 2011 par Arimi Choubadé

Une récente chronique semblait avoir provoqué la mélancolie chez beaucoup de Béninois. Un texte très pessimiste au goût de certains, en appréciation du fait que le livre sur les souvenirs du Général Kouyami n’ait pas suscité le chamboulement émotionnel souhaitable au sein de toute opinion publique normale. « Ils ont même assassiné la mémoire du peuple » s’intitulait cette chronique à la date du 08 août 2011. Sauf que nous sommes au Bénin de 2011, engagé dans un renouveau démocratique depuis à peine une vingtaine d’années mais dont on a supprimé toute l’histoire politique sur les 30 précédentes années (1960-1990). Crimes et délits de régime amnistiés sans autre forme de procès. Impasse cependant sur le deuil des victimes et de leurs proches. Pire, se multiplient les hommages aux bourreaux à commencer par leur porte-étendard, revenu au palais de la Marina pour une décennie de plus à tête du pays, cette fois-ci pas en tant que chef d’une junte impitoyable mais comme le plus fréquentable des chefs d’un Etat démocratique, ces 17 ans de régime de terreur complètement absouts.

L’exercice de mémoire à l’instar de celui du Général Kouyami parait à priori comme un acte désespéré, isolé, une goutte d’eau dans la mer. L’armée qu’il pense avoir servie dans le passé avec abnégation ne s’est pas empêchée de l’embastiller dans un camp de détention et de torture à Parakou avant sa spectaculaire évasion. Il est très conscient de l’ironie des hommages rendus à cette armée dont plusieurs soldats avaient exécuté de basses besognes à Ségbana, au Petit Palais, à la base du Plm Alédjo et ailleurs. Des lieux où des Béninois ont perdu la vie ou l’usage d’un membre ou d’un sens. Passons les angoisses, les incertitudes, les drames provoqués dans de nombreuses familles par les déportations intempestives. Tout cela pour des mobiles politiques. Au moment justement où la fameuse amnistie commence par faire effet, une vingtaine d’années après son vote, et que la mémoire collective perd ses repères peu à peu, quelqu’un décide de parler, de parler de tout, sans tabou.

L’initiative est loin du banal fait divers. Peut-être l’avènement d’une nouvelle ère, celle de la réhabilitation de la mémoire. De la manière où des acteurs de la vie publique ont décrété l’amnistie de tous les faits commis entre 1960 et 1990, de la même manière d’autres peuvent faire sauter le verrou. En cela, l’ouvrage « Affaires d’Etat au Bénin : le général François Kouyami parle… » est à inscrire dans ces genres de revirement conceptuel à l’origine des grands changements, des vrais. Il intervient en plein débat sur l’impunité, la lutte contre la corruption, la moralisation de la vie publique, le Changement, la Refondation. On se rend compte subitement qu’il n’est pas possible de punir les crimes d’aujourd’hui alors que ceux d’hier ne l’ont pas été. Avec en prime le retour des vrais questions : Pourquoi amnistierait-on la corruption de 1960 à 1990 et punirait-on celle de 2011 ?

Impossible d’aller à la lutte contre l’impunité sans la remise en cause des passe-droits du passé. Le prétendu consensus ayant cautionné l’absolution des crimes et délits de régime en 1990 se révèle comme un redoutable péril sur toute la société béninoise. Mais la solution préconisée emprunte plus à la fuite en avant qui veut faire côtoyer au sein d’un même pays des criminels impunis et d’autres soumis à la rigueur de la loi. Un procédé visiblement dévoyé par le devoir de mémoire proposé par Kouyami. Cela crève désormais les yeux que le pays ne peut continuer à tresser des lauriers d’or aux délinquants de régimes qu’ils soient d’hier ou d’aujourd’hui. Il fallait rappeler à tous que le texte d’amnistie n’est pas d’essence biblique et est révocable à tous les instants.

Le temps n’est-il d’ailleurs pas arrivé de le révoquer ???

Par Arimi Choubadé
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Messages

  • Cher arimi, tu viens de mettre le doigt dans l’oeil qui est malade. Il faut avoir le courage d’exhumer tous les dossiers sales de la République et de juger les responsables.
    Si seulement on avait fait comme en afrique du Sud, VERITE ET RECONCILIATION, on pourrait avancer.
    Mais il faut y arriver ; il faut que le pays puisse se refaire une virginité pour pouvoir avancer