Cette douane qui nous appauvrit…

mardi 16 août 2011 par Arimi Choubadé

Qu’en pense l’ayatollah béninois de l’invention ? Le professeur Valentin Agon, à propos des taxes perçues sur les produits étrangers entrant sur le territoire national : un instrument au service de l’appauvrissement de la nation. Pas forcément à cause de la détestable réputation des adeptes de saint Mathieu. Mais plutôt sur le principe de ce qui se passe au cordon douanier prétendu « poumon de l’économie nationale ». On doit une fière chandelle à ce professeur-inventeur de nous révéler que renflouer les caisses de l’Etat ne signifie pas enrichir l’Etat. La thèse, vielle de plusieurs décennies, faisant croire que le bonheur du Bénin passe par sa douane, s’écroule tout d’un coup.

Ce qui est à retenir de la démonstration du professeur Agon, c’est que le vrai client de la douane n’est pas le commerçant ou l’importateur. C’est plutôt le peuple consommateur, déjà astreint à de multiples taxes, qui en est le contributeur exclusif. Tout ce que paie le commerçant ou l’importateur au cordon douanier est systématiquement répercuté sur les produits mis en vente sur le marché national. Au consommateur la charge des frais de dédouanement, mais également la marge bénéficiaire du commerçant et partant, la sauvegarde des emplois dans les pays d’origine des produits importés. Ce mécanisme donne tout son sens au prêche selon lequel le salut économique du pays passe obligatoirement par la production locale. L’hymne à l’invention, au génie local et à l’autoproduction dans un contexte où on ne compte pratiquement pas une seule nouvelle usine sur le territoire national depuis plus d’une décennie ; les quelques-unes existantes peinent à se maintenir à flot.

Le cordon douanier aurait dû être le premier instrument de protection de l’industrie locale ; mais il se complait dans le rôle du promoteur de la main d’œuvre et de l’ingéniosité des pays étrangers. L’argent de la douane n’est finalement pas de la richesse produite mais de la collecte de la richesse existante. Au bout du processus, le commerçant étranger repart avec une part considérable de l’argent du consommateur local, le trésor public récupère la portion congrue après que le douanier lui-même se soit fait servir. Or, la démagogie ambiante tend à faire croire que le développement est au bout de ce mécanisme de dépouillement du peuple. On serait curieux de savoir ce que gagne le Bénin lors du débarquement d’un kilogramme de riz importé au port de Cotonou, avec ou sans le Programme de vérification des importations (le fameux Pvi). En dehors du fait que ces citoyens contribuent à faire prospérer les riziculteurs d’Asie et d’ailleurs.

Les crises cycliques sur fond de réformes portuaires apportent chaque jour la preuve que la politique du chiffre pratiquée par les différents gouvernements se révèle être un véritable cul de sac dépourvu de toute perspective pour l’économie locale. Réformes et valses des Directeurs généraux se suivent et la douane peine de plus en plus à atteindre les quotas à elle fixés. Alors que si la leçon du professeur Agon devrait être bien assimilée, l’invention et la production auraient pu inverser le mandat de la douane qui deviendrait ainsi l’ultime rempart contre l’invasion des produits étrangers. Nul doute que les agitations protectionnistes des pays développés confrontés aux perturbations des cotations sur les bourses de valeurs ont sonné le glas du prétexte du respect des règles du marché international. Avant donc d’aller à la mondialisation, il faut d’abord se construire une économie, une industrie, des entreprises, et surtout une monnaie locales.

Pas seulement une douane corrompue, truqueuse impossible à réformer …

Par Arimi Choubadé
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