Ce Ghana-là, nous l’avons vu venir…

jeudi 18 août 2011 par Arimi Choubadé

Une monnaie qui tutoie le dollar us, une croissance soutenue, une démocratie en nette progression, deux participations consécutives à la coupe du monde de football avec une place en quart de finale en Afrique du Sud 2010, escale obligée de Barak Obama pour sa première visite sur sa terre d’origine, l’Afrique. Cerise sur le gâteau, une reclassification qui l’enlève du rang des Pays les moins avancés (Pma), les plus pauvres de la planète, dont le Bénin pour une catégorie supérieure, celle des pays à revenu intermédiaire. Du passé, le Ghana pourvoyeurs des shoemakers et des belles de nuit des quartiers chauds des capitales africaines. Ces pestiférés de la sous-région massivement rapatriés du Nigéria (1978-1979), entassés dans des camions en errance comme du bétail : plus personne n’ose encore en parler. Ghana is back affiche-t-on fièrement du côté de Accra depuis quelques années.

Sans verser dans une francophilie au premier degré, le constat est là qu’il faut remonter à des décennies en arrière pour se souvenir d’un événement pareil au sein de l’espace Cfa. L’époque du miracle pétrolier qui a permis au Congo, au Cameroun et au Gabon de figurer pompeusement parmi les pays à revenus intermédiaires en compagnie de la Côte d’ivoire, roi du café-cacao. Des considérations sérieusement dégradées dans ces derniers pays cités, beaucoup plus réguliers dans les rubriques des faits divers, de l’usure du pouvoir, des tripatouillages de processus électoraux, des paradis fiscaux, des biens mal acquis etc…De sorte que même les instituts les plus réputés en classification des économies nationales ne savent plus tellement où mettre ces Etats dont les patrimoines des dirigeants et leurs proches parents n’ont rien à envier à ceux des princes d’Arabie alors que leurs compatriotes vivent sans eau potable, sans électricité, sans travail, sans perspective, dans la terreur, la répression et cynisme de la propagande démagogique.

Revenons à notre Ghana ! Avec le lancinant questionnement de comment en est-il arrivé là. Les ressortissants de l’espace Cfa qui essaient de pénétrer sur le territoire ghanéen ces dernières années savent qu’ils ne sont pas les bienvenus ; et les gardes-frontières ne se cachent pas pour le leur faire savoir. Un véhicule immatriculé au Nigéria y pénètre plus facilement que celui en provenance d’un pays de l’espace Cfa. Un choix corroboré par une situation de fait. En effet, le pays a connu ses pires moments à l’époque où il ne prenait aucune précaution particulière vis-à-vis de ces voisins limitrophes, tous francophones, appartenant à la zone Cfa, sans exception. Cette époque coïncide étrangement avec la déstructuration sociopolitique qui a amené ses citoyens à l’exode dégradant des shoemakers et des célèbres prostituées ghanéennes très connues à Abidjan, Lomé, Ouaga, Niamey, Dakar, Cotonou et partout ailleurs dans la sous-région.

Voilà ce même Ghana devenu plus riche et plus fréquentable dès qu’il a multiplié les barrières avec ses voisins – comme si son bonheur vient du fait qu’il a pris conscience que son « pire ennemi » est le Cfa. Il ne saurait en être autrement lorsqu’on s’aperçoit que depuis la fin de la guerre froide, les tensions internationales sont rythmées par les rivalités entre les grandes monnaies (Dollar Us, Euro, Yen, Yuan, Rouble etc...). On peut donc mesurer l’abysse entre la rigueur des compatriotes de Rawlings dans la gestion des flux et reflux commerciaux sur leur territoire et, à côté, l’insouciance d’une zone économique dont la monnaie, le Cfa est géré par procuration à partir d’un autre pays, lui-même membre d’une autre zone monétaire sur un autre continent. Allez-y comprendre quelque chose ! Une Union monétaire de 8 pays qui s’enfoncent tous ensemble pendant qu’un autre, au milieu d’eux, s’en sort tout seul.

Ghana is realy back !!!

Par Arimi Choubadé
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