Réviser la constitution ou réformer la classe politique ?

lundi 22 août 2011 par Arimi Choubadé

Une petite devinette pour commencer : Entre la classe politique et la constitution, laquelle est mal en point ? Prenons l’exemple de la saga électorale 2011. La constitution a bien donné une date limite au-delà de laquelle on devrait tenir le premier tour de la présidentielle ; tout comme elle a fixé un délai de dépôt des candidatures ; de même que la durée du mandat d’une législature. Des dispositions arrogamment foulées au pied par les supposés garants du temple eux-mêmes. Tout ceci dans une incroyable impunité. Rien dans ce pays démocratique n’était en mesure de leur demander des comptes sur ces violations en série de la loi fondamentale. Les huissiers n’oublieraient pas de sitôt le mépris réservé à leurs différents constats à l’occasion du contentieux électoral par les supers juges. Le cadre de cette chronique ne suffit pas à énumérer toutes les entorses à la constitution, à la loi électorale et à d’autres dispositions légales et réglementaires dans la foulée de l’accouchement de la refondation.

De l’influence nuisible de ceux en charge de l’application des textes en voie de révision, on n’en dit mot. Personne pour se poser la question de savoir à quoi serviraient des dispositions jugées plus vertueuses pour la République si ces gens-là sont les mêmes que ceux qui ont tripatouillé, violé, massacré les précédentes dispositions. Voilà des siècles que les sujets de la Reine d’Angleterre font fonctionner leur démocratie parmi les mieux élaborées au monde sans chercher à se doter d’une constitution écrite. Aux Etats-Unis d’Amérique aucun texte ne limite le mandat du président de la République à deux, et pourtant, la pratique est respectée tel un précepte biblique. Bill Clinton serait né au sud du Sahara qu’il n’allait jamais accepter s’éclipser de la Maison Blanche au terme de son deuxième mandat alors qu’il était au faîte de sa popularité. En clair, Robert Dossou et les siens n’avaient pas besoin d’une constitution parfaite pour savoir qu’on ne devrait pas faire organiser des élections sur la base d’un fichier électoral inexistant.

Mais le vrai écueil, c’est qu’aucun des acteurs de la vie publique béninoise ne peut se prévaloir d’une culture accomplie en matière de gestion des affaires de la cité. La grande Fcbe pourvoyeuse de la majorité des ministres, des députés, des Directeurs généraux d’entreprises publiques et dont est issu le chef de l’Etat, le président-refondateur, ne dispose pas de la moindre structure de formation et d’éducation de ses cadres présents et futurs. Idem pour la centaine d’autres formations politiques ou prétendues comme telles. C’est ainsi qu’on peut retrouver, dans l’intervalle de quelques mois, des recalés du suffrage universel aigris, au bord de la dépression, en posture d’arbitre suprême du jeu électoral par le truchement d’obscures cooptations. Ne parlons pas des criminels économiques en puissance envoyés à l’Assemblée nationale. Ce serait intéressant que le palais des gouverneurs sorte un répertoire de ces locataires du moment, chacun avec son parcours et son pédigrée en matière d’action publique. Qu’ils viennent exhiber la formation académique, durant leur cursus général, les prédisposant à la fonction de député !

A quoi bon refonder les textes et les mettre entre les mains de gens non refondés ? On aurait pu faire l’inverse et commencer par se préoccuper de réviser d’abord la classe politique. Pas dans le modèle du genre : « changement de mentalité », slogan creux et vide de sens. Mais plutôt d’un exercice intellectuel de remise à niveau ; une éducation et une formation portées sur les préceptes de gestion de la cité à l’intérieur d’écoles de parti. Cela revient à réformer les partis politiques (par le financement public). A ces derniers de donner l’instruction nécessaire aux futurs députés, ministres, membres d’institution. Le pire serait de faire faire cette révision par ces mêmes gens dont le manque de culture politique a été si fatal au pays.

De mauvaises gens manipulant une bonne constitution ???

Par Arimi Choubadé
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