Le jeûne musulman et l’argent de la refondation…

vendredi 26 août 2011 par Arimi Choubadé

Une centaine de millions à chaque mois de Ramadan en 2008, 2009 et 2010 ; un peu moins à l’édition 2011. Le jeûne islamique au Bénin s’inscrit progressivement dans un nouveau principe : « pour devenir riche, il faut jeûner ». De généreuses subventions gouvernementales aux jeûneurs musulmans aux allures d’un nouvel amendement au coran, une sorte de fatwa émergente puis refondatrice en cours d’institutionnalisation. C’était pourtant admis depuis l’époque du prophète Mohamed que le mois de ramadan devrait rimer avec sacrifice, privation, fraternité, aumône pour le musulman. Croyance visiblement en cours d’inversion au pays de la refondation. On est passé des petits cadeaux (presque exigés) des amis, parents ou proches du jeûneur à la grande générosité du gouvernement. Les petites corbeilles de fruits et de friandises sont littéralement éclipsées par les tonnes de victuailles : riz, lait, sucre payé au frais de l’Etat. De sorte que chaque mois de Ramadan enrichi systématiquement la communauté musulmane de plusieurs dizaines de f Cfa puisé du trésor public.

A la longue, on se demande ce qui resterait de cet emblématique rite religieux vieux de plusieurs siècles. En principe, le jeûneur n’acquiert pas le statut d’indigent juste parce qu’il a décidé d’observer ce pilier essentiel de sa religion. Par ailleurs, le jeûne n’est pas un accident, encore moins une catastrophe naturelle ou une fatalité pour celui qui l’observe. Cela participe d’un acte volontaire personnel, et le livre saint en précise, très exactement, les conditions d’observance. La première caractéristique est la capacité du fidèle à se priver de quelque chose qui est pourtant à sa portée, disponible. Lorsqu’on n’a rien à manger, on n’est pas en train de jeûner ; on souffre. A celui qui se trouve dans ce dernier cas, on peut porter assistance et compassion, et cela à tout moment où sa situation d’indigence l’exigence, pas en période de carême spécifiquement. D’où la frontière très nette entre la famine (la précarité) et le jeûne.

Autre observation : la motivation du jeûneur ne devrait pas être confondue à la possibilité pour lui d’obtenir une récompense de l’entourage voire de l’Etat. Dans un contexte de corruption généralisée où même l’expression du suffrage universel est transformée en une prestation de service rémunéré, la méprise est vite fait : « Ah ! Qu’ils sont heureux ces musulmans, qui gagnent beaucoup d’argent dans le mois de ramadan ! ». Alors que c’est déjà de la solidarité de la part de l’Etat de décréter un jour chômé et payé sur toute l’étendue du territoire national à la fin du mois de privation. Il pourrait faire davantage en faisant en sorte que ses sociétés distributrices d’énergie électrique et d’eau courante assurent convenablement leurs prestations pendant cette période. Des considérations qui n’ont rien à voir avec le combat pour la laïcité de l’Etat ou contre la politisation de la religion. C’est à force de contribuer à la dénaturation de rites et de pratiques très ancrés dans la vie de millions d’individus à travers la planète qu’on génère des réactions fondamentalistes.

Les musulmans ne devraient être ni plus pauvres ni plus riches au sortir d’un mois de ramadan. Ce ne sont donc pas les aides massives de l’Etat durant cette période qui pourraient y changer quelque chose. Au contraire, dans la pratique, il est admis que l’opération de distribution de vivres donne généralement lieu à des frustrations, des détournements, des injustices et parfois des atteintes graves à la cohésion de certaines communautés à la base. Tous les fondamentalistes se nourrissent de ces facteurs pour asseoir les thèses les plus obscurantistes. Je ne révèle aucun secret en affirmant que de nombreux musulmans vivent très mal dans leur chaire tout ce qui pourrait s’apparenter à une tentative d’instrumentalisation d’un des piliers de l’islam.

Le jeûne musulman entre récompense céleste et récompense gouvernementale !!!

Par Arimi Choubadé
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