« Une loi contre la corruption votée dans la corruption »…

mercredi 31 août 2011 par Arimi Choubadé

L’expression a été empruntée à un confrère encore groggy par la fameuse nuit blanche prétendument consacrée au vote de la loi contre la corruption. Intrigué qu’il était du fait que la représentation nationale ait choisi la nuit noire pour procéder à l’étude du volumineux document, au nom d’une subite nécessité de célérité. C’est le vendredi 26 aout 2011, en début de soirée que la commission des lois aurait fait déposer, « furtivement », dans les casiers des honorables, son rapport de 72 pages ; à une heure où les élus étaient sensés déjà partis en week-end. Les voilà conviés, dès leur retour le lundi 29 aout, à se prononcer et à se voir imposer un vote marathon qui ne finira qu’au petit matin du 30 aout. En définitive, le texte aura été voté en plein congé administratif, le mardi 30 étant déclaré chômé et payé pour cause de Ramadan en considérant que le 29 devrait être en journée continue, donc libre l’après-midi. Fort du soutien de sa majorité écrasante, le président de séance ne s’est d’ailleurs pas préoccupée de faire arrêter l’horloge de l’hémicycle pour faire dans le parlementairement correct. « Allez vous plaindre où vous voulez, si vous n’êtes pas d’accord, messieurs les opposants ! ».

Difficile de comprendre pourquoi le parlement a été mis sous pression au motif que la session ordinaire devrait être clôturée ce jour-là. Le palais des gouverneurs a même cru devoir organiser en urgence une séance exceptionnelle de casse-croute aux députés musulmans pour leur dernier jour de jeûne. Soit ! Il était loisible dans ce cas à la représentation nationale de convoquer une session extraordinaire dans les jours qui suivent conformément à une proposition rejetée du député Epiphane Quenum. Peut-être que la majorité refondatrice a eu vent de ce que des esprits malins s’apprêteraient à commettre des actes graves de corruption et que seul le vote de la loi pourrait les en dissuader. Peut-être aussi que cela constitue une des mesures d’accompagnement indispensables à la mise en œuvre efficiente du Pvi (Programme de vérification des importations : Nouvelle génération) ; programme sensé moraliser le secteur portuaire et l’administration douanière en particulier.

A l’accouchement, ceux qui rêvaient de débats nationaux autour du texte dans la foulé de l’acte parlementaire peuvent déjà déchanter. La trouvaille principale de l’opération est la mise sur pied d’un machin de 13 personnes désignés majoritairement par le gouvernement ou d’autres structures administratives sous sa tutelle. Les Béninois s’attendaient à une lutte essentiellement judiciaire, avec des pouvoirs spéciaux accordés à des juges anti-corruption, des tribunaux spéciaux et une définition claire du crime économique. Ils auront finalement une structure quasi administrative nommée en conseil des ministres et placée sous l’autorité directe du chef de l’Etat. En d’autres termes, la lutte contre la corruption incombe principalement à l’exécutif.

A la question de savoir si les citoyens se réjouiraient de cette nouvelle, je vais me référer encore une fois, à l’analyse de mon confrère de tout à l’heure faisant remarquer que le budget national est par excellence la plus grande niche de corruption du pays. Or c’est l’exécutif, c’est-à-dire le gouvernement qui est en charge de la liquidation de ce budget, plus de 1.000 milliards l’an, parait-il. Dans l’entendement de la grande majorité des citoyens, la lutte contre la corruption devrait être l’instrument capable de contenir la boulimie légendaire des gens du pouvoir et non un instrument entre les mains de ces mêmes gens ; capable également de traquer les bras financiers du régime que sont ministres, membres d’institution, directeurs de société d’Etat, collaborateurs du chef de l’Etat, organisateurs d’onéreuses marches de soutien, de meetings de remerciement et de distribution de jetons de présence aux applaudisseurs de circonstance etc…

Pourquoi réfléchir à tout cela pendant le sommeil du peuple ???

Par Arimi Choubadé
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