Utiliser l’avion de Kadhafi et reconnaitre ses rebelles…

mercredi 7 septembre 2011 par Arimi Choubadé

C’était à choisir entre Kadhafi et Sarkozy. A ce jeu-là, Cen-Sad, promesse de 10.000 ordinateurs aux étudiants, avion présidentiel, amphithéâtres sur les campus et autres machines agricoles ne font pas le poids devant la reconnaissance internationale de la Lépi scélérate, des K.O. électoraux puis éventuellement du projet de nouvelle République et de refondation. La diplomatie béninoise pouvait-elle faire autrement ? Mais il y a pire que la volte-face de Cotonou. Au cours de sa longue traversée du désert et pendant qu’il était presque considéré comme un pestiféré partout en Afrique, il n’y avait qu’à Tripoli que Wade pouvait pavaner. Une sollicitude du colonel libyen qui lui avait valu d’être accusé de complot contre le régime socialiste de l’époque à Dakar. Revoilà le même Wade en juin 2011 à Benghazi en plein fief rebelle pour défier son ancien mentor et protecteur. Hasard du calendrier, peu avant son numéro de combat de coq avec Kadhafi depuis Benghazi, Wade revenait de Paris en compagnie de son fiston en marge du sommet du G8 avec dans les tiroirs son projet de ticket à la présidentielle sénégalaise. En clair, chacun a vu la Libye à sa porte et a avisé par rapport à ses propres considérations. Allez-y comprendre quelque chose. Pas étonnant si notre cher ministre chargé entre autre de l’intégration africaine, Arifari Bako passe outre l’Union Africaine et proclame la reconnaissance du Conseil national de transition par le Bénin.

Beaucoup de lecteurs se sont étonnés de l’absence du cas libyen dans les chroniques publiées dans Nokoué. Je dois avouer avoir personnellement été tétanisé par la brutalité des frappes franco-anglo-américaine revêtue du sceaux des nations unies. On pensait qu’il s’agissait d’une mauvaise blague et que cela allait s’arrêter au bout de quelques jours de survol du territoire libyen, juste en forme d’intimidation. Personne ne pouvait s’imaginer que l’organisme chargé de la paix dans le monde pouvait se permettre d’être la caution de l’extermination de plus de 50.000 libyens (en majorité des civils), de plusieurs milliers de déplacés et d’une sanglante chasse à l’homme prenant pour cible les émigrés noirs africains. En quarante ans de pouvoir, Kadhafi n’a pas provoqué le millième de ces dégâts enregistrés au bout de 6 mois. Le pays autrefois eldorado de nombreux jeunes du sud du Sahara est devenu un vaste champ de ruine grâce à une volonté attribuée à la communauté internationale. Le même Kadhafi n’aurait pas été une « menace » pour ses compatriotes durant 40 ans et avait le droit de pavané à Paris, à Rome, à Londres moins d’un an seulement avant le déluge de bombe de l’Otan.

Les férues de comparaison nous parleraient du cas Gbagbo. La réalité c’est qu’en Côte d’Ivoire il s’agissait d’un conflit postélectoral à l’issue d’un processus de vote supervisé par l’Onu avec un vainqueur déclaré, Ouattara. En Libye, on ne sait même pour qui l’Onu se battait. Pour une fois, la communauté internationale a décidé de soutenir des rebelles face à un pouvoir plus ou moins légitime exerçant l’effectivité du pouvoir depuis 4 décennies. Exactement comme Bongo l’avait fait sans constituer une menace pour les civils de son pays à déloger à coup de missiles, d’avions bombardiers et de drones. On se demande si c’est vraiment l’Onu qui a cautionné le largage incontrôlé d’armes de guerre en tout genre dans le désert à proximité d’une région déjà en proie à l’activisme salafiste. Près de 210 milliards f Cfa engloutis dans les opérations, à multiplier par 10 voire 20 pour la reconstruction. Un effort de guerre en nette déphasage avec la timidité observée autour des victimes de la famine dans la corne de l’Afrique à quelques encablures. Dire que c’est cette même diplomatie française, en pointe dans le refus d’une guerre d’intérêt en Irak grâce à un flamboyant Dominique Villepin, qui se vante quelques années plus tard d’un carnage inédit (si l’on ferme les yeux sur les 3.000 victimes de Côte d’Ivoire) au nom de la recherche de débouchés pétroliers.

De la diplomatie du chéquier à celle de la chair à canon…

Par Arimi Choubadé
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