La Haac ne voit pas les vendeurs de mort…

vendredi 9 septembre 2011 par Arimi Choubadé

Vendeur de recettes-magiques ; c’est leur profession. Plus besoin d’hôpitaux, de dispensaires, de cliniques sanitaires, de cabinets de médecins diplômés d’université au Bénin. Pour n’importe quel problème de santé, il suffit de cliquer désormais sur une station de télévision ou de radio. Spots, flash publicitaires, magazines, interview, aucun genre médiatique n’est plus hors d’atteinte de la horde de guérisseurs-miracles en vedette sur les espaces audiovisuels du pays. Admirez le talent d’un de ces magiciens de la santé que plusieurs Béninois ont pu découvrir sur leur page facebook : « je suis guérisseur traditionnel, spécialisé dans toutes sortes de maladies qu’elles soient provoquées ou pas. Je suis en mesure par la grâce de Dieu tout puissant de vous aider à retrouver la bonne santé … ». Discours plus laudateurs, lunatiques voire fantasmagoriques sur les chaines de télé et de radio avec des allures de prêches enflammés ; tout y passe : prédictions, témoignages, racolages, prescriptions, échanges d’adresse en direct sur les antennes. Les auditeurs ont droit (toujours en direct) à des consultations et des offres de médicaments dont on ignore les concepteurs et les posologies.

La tendance en plein boom se manifeste par des démonstrations de titres des prétendus faiseurs de bonne santé devant des micros et des caméras complaisamment ouverts à cet effet - Docteur pour certains, Prophète pour d’autres, Cheick, Majesté, Roi etc… selon les humeurs des inventeurs. Dans un pays où l’espace médiatique est dit protégé par une institution constitutionnalisée, la Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication (Haac). Et n’importe qui peut débiter ces recettes de guérison magique sur les ondes sans aucune gêne. Phénomène interdit au Togo à côté et dans beaucoup d’autres pays de la sous région. En plein contexte de lutte contre l’auto médicamentation, il est permis à des gourous parfaitement inconnus, à peine lettrés, de vanter les vertus de produits tout autant inconnus à des patients incrédules. La crise des hôpitaux et du système sanitaire en général permet d’entretenir ce rush vers les prêches de santé bon marché débités sans vergogne sur les ondes tous les jours.

Ainsi, nos éminents conseillers de la Haac, intraitables vis-à-vis de la moindre irrévérence à l’endroit des personnalités politiques ne semblent être émus, le moins du monde, par les lugubres prestations des vendeurs de mort. Personne d’ailleurs pour évaluer l’impact de ce nouveau système sanitaire en plein essor au moment où des ressources considérables sont englouties dans les contrôles et autres luttes contre les trafics en la matière. La traque des trafiquants de médicaments se trouve dangereusement contrebalancer par le règne impuni des inventeurs de produits incontrôlés. Passe que les autorités répressives décident de fermer les yeux sur les infractions aussi graves que l’exercice illégal de la médecine, le charlatanisme, l’administration de substances nocives à l’organisme. Mais laisser ses auteurs investir les médias relève d’un laxisme criminel.

Et pourtant la loi et la pratique demeurent implacables pour les praticiens officiellement agréés. La publicité reste toujours interdite pour les pharmaciens et les médecins conformément à leur code de déontologie. A peine si on tolère qu’ils participent à des émissions de conseils pratiques en matière de santé sans possibilité de faire des consultations ou de prescrire des traitements. Des précautions inopposables à d’obscurs individus dont on ignore tout : le parcours, le profil professionnel, le cursus académique, l’identité réelle (puisqu’ils apparaissent le plus souvent sur leurs lieux de forfait médiatiques par prédilection avec des noms d’emprunt). Dire qu’il existe une réglementation institutionnelle des médias au Bénin.

En tout cas pas pour les gourous de la médecine de rue…

Par Arimi Choubadé
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