Cotonou, mairie de la mouvance ???

lundi 12 septembre 2011 par Arimi Choubadé

Le Cotonou d’avant la politique de la « main tendue », et celui d’après. Ce qui a changé ? La crasse des rues, les monts d’immondice, les tas de déchets aux carrefours, les crevasses en pleine chaussée, les feux tricolores abîmés, bref, Cotonou, la morne, lui, n’a pas changé. Statut quo (voire désenchantement) plusieurs mois après le basculement supposé du conseil exécutif municipal dans la mouvance présidentielle. En effet, cet exécutif aux couleurs de la Renaissance du Bénin (Rb) dispose désormais d’un ministre au gouvernement et d’un membre au sein du bureau de l’Assemblée nationale en coalition avec la mouvance parlementaire. « Naturellement », l’idylle naissante devrait se traduire dans le quotidien des Cotonois. Surtout que dorénavant, les autorités municipales semblent avoir mis une sourdine à toutes les revendications redondantes à propos du transfert des compétences et des ressources. En guise d’illustration, la sempiternelle guéguerre autour de l’emblématique marché international de Dantokpa entre l’Etat central et l’hôtel de ville aussi vieille que les premières élections municipales a littéralement disparu sous les flashes des retrouvailles Yayi-Léhady. Sans que dans les quartiers cela se traduisent par une amélioration des services municipaux.

Des récriminations des habitants et des visiteurs de la ville-vitrine largement en deçà du potentiel péril pour la Rb. Imaginons une campagne pour le renouvellement de confiance en plein milieu de la crotte et de la souillure. Du caviar pour l’aile dure des Fcbe dont la détermination à déboulonner les Soglo de Wologuèdè n’a pas faibli d’un iota malgré l’acceptation de la politique d’ouverture. Parallèlement avec l’embuscade virtuelle entretenue par les anciens alliés toujours inconsolables de la déprime infligée à leur regroupement, l’Union fait la nation depuis le départ de la Rb. Bien curieuse récompense que d’être pris entre deux feux pour avoir accepté se sacrifier au nom de la paix nationale. Les houézèhouès disaient nourrir l’ambition d’éviter aux populations les affres de l’impasse au lendemain des K.O. électoraux sans se douter le moins du monde que cela pouvait virer au cauchemar.

On se demande comment les limiers de la refondation ne se rendent-ils pas compte que les difficultés de Cotonou (d’après main tendue) sont également celles de toute la mouvance présidentielle. C’est la large coalition sensée mettre en place les fameuses grandes réformes qui en prend plein la figure à travers le clash annoncé de la plus grande ville du pays. Comment prétendre transformer qualitativement tout le Bénin si on n’est pas capable d’en apporter la preuve par la ville-vitrine ? Au-delà d’apaiser le climat interne, l’acceptation de la main tenue se voulait, toujours aux dires des acteurs eux-mêmes, un signal aux partenaires étrangers sur un éventuel retour de sérénité dans la vie publique nationale. Une image difficilement défendable auprès de visiteurs découvrant une cité obstruée par endroits par des camions stationnés anarchiquement, un transport urbain totalement archaïque, des places publiques envahies par les rats et la broussaille.

Certains refondateurs continuent de croire que les K.O. électoraux ont anéanti toutes poches de contradiction. Et que tout se joue désormais au sein de la mouvance présidentielle y compris la bataille annoncée de Cotonou. Selon eux, le front de refus à toute cohabitation avec Yayi ne pourrait pas profiter des bisbilles entre nouveaux coalisés. Tout le monde avait cru que les refondateurs allaient ruer sur les ponts en rescousse au conseil municipal que tout régime devrait rêver avoir dans son giron. La persistance du spleen de Cotonou malgré le ralliement de l’hôtel de ville donne l’impression que la refondation n’est qu’un vaste champ d’intérêts croisés en total déphasage avec le bien-être des populations.

Qui dit mieux ???

Par Arimi Choubadé
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